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Agréez, je vous en supplie, l'assurance de mon respectueux attachement.

GALLAIS.

[The following Papers on the State of France, by M. Gallais, appear to have been enclosed with the preceding letter.]

[In Sir C. Stuart's of April 9.]
13me Bulletin.

8 Avril, 1816. Il paroit que Messieurs de la Chambre des Députés ont formé décidément le projet de lutter ouvertement avec les ministres du Roi, c'est à dire avec le Roi. Sitôt qu'ils eurent connoissance que leur loi sur les élections avoit été rejettée par les pairs, les plus fougueux d'entr'eux se réunirent en comité secret; et après les plus violentes déclamations sur la foiblesse du Roi, la connivence des pairs, les dangers de la France, et l'urgence du concours de toutes leurs forces, ils prirent la résolution de ne pas céder un pouce du terrain sur lequel ils se sont placés ; de résister ouvertement à ce qu'ils appellent le despotisme ministériel, et de rejetter la loi nouvelle, que le Roi, entraîné par des conseillers perfides, vouloit substituer à celle que la commission leur avoit fait adopter. .

Messieurs les Commissaires de la Chambre, fiers de leurs hautes fonctions, se sont répandus dans le monde, avec leur surcroit de vanité, et ont déclaré à qui a voulu l'entendre, que le gant leur avoit été jeté et qu'ils l'avoient ramassé ; qu'ils avoient non seulement résolu de rejeter la nouvelle loi, mais de ne plus communiquer avec ministres vendus à la faction de l'étranger.

La faction de l'étranger est un mot renouvellé de la Convention, mais dont la puissance est d'autant dangereuse, qu'il dit tout et qu'il ne dit rien. Par ce mot chacun est maître d'entendre ce qu'il veut, et de l'appliquer à l'objet de ses craintes ou de son aversion ; mais c'est presque toujours à ce qu'il craint le plus que s'arrête l'esprit du peuple, aux oreilles duquel les agitateurs le font retentir: ainsi par ces mots les uns entendront Buonaparte, les autres le Duc d'Orléans, ceuxci Autriche, ceux-là l'Angleterre.

C'est Angleterre surtout que par ce mot les factieux, qui connoissent et savent toujours manier adroitement les préjugés populaires prétendent signaler à l'indignation publique : et à ce propos, je demande permission de faire ici quelques réflexions, qui peuvent tout à la fois jeter quelque lumière dans notre ténébreuse politique et être utiles à mon pays.

Des Anglais. Il y a 25 ans que les Anglais furent pour nous l'objet de l'admiration sans bornes : ils sont devenus aujourd'hui celui d'un déchainement presque général. Plusieurs causes ont du concourir à une si étrange révolution, et il ne sera pas sans intérêt de les rechercher.

Je trouve la première dans les livres et les journaux, qui n'ont pas cessé depuis cette époque d'être sous l'influence de quelques unes de nos factions révolutionnaires ; et, d'après cette influence, de rejeter toutes les fautes, toutes les sottises, et tous les crimes qui se commettoient en France sur le compte des Anglais. Ces livres et ces journaux, sous le Directoire, accusoient les Anglais d'avoir précipité Louis XVI. à l'échaffaud; sou: Buonaparte, d'embraser l'Europe et la France; et, depuis la chute de celui-ci, d'avoir contribué à son retour de l'ile d'Elbe, et, par conséquent, d'avoir creusé l'abime de maux dans lequel nous sommes plongis.

Ces maux qui varient suivant les classes qui en souffrent, sont une source intarissable de déclamations contr'eux. Les militaires qui endurent impatiemment la paix, leur reprochent l'insolence avec laquelle ils ont triomphé à Toulouse et à Waterloo. Les fabricans ruinés par la guerre leur reprochent la langueur dans laquelle sont tombées leurs manufactures. Les negocians leur reprochent la dévastation et la perte de nos colonies : et le peuple, écho de toutes ces plaintes, et de tous

ces reproches, se plaint en outre qu'ils nous ont enlevé notre argent, et les chefs-d'ouvres du Musée.

Toutes ces causes réunies n'expliqueraient pas cependant suffisamment le grand déchainement qui s'est élevé contr'eux, principalement depuis le retour des Bourbons, s'il n'y en avoit pas une autre plus active, plus secrète, et combinée de telle manière à se renouveller tous les jours, et cette cause la voici : tous les partis divisés d'intérêts et d'opinions s'accordent cependant pour accuser le Gouvernement Anglais de n'être pas de bonne foi dans l'alliance qu'il a contractée avec le notre. Ils l'accusent de jeter des brandons de discorde dans la nation, et des germes de division dans la famille royale : ils l'accusent enfin de n'avoir placé Louis XVIII. sur le trône que pour en préparer les voies à un autre prince, qui leur devant toute sa fortune sera plus disposé à la reconnoissance et à la soumission que l'héritier légitime, soutenu par le sentiment de ses droits et par le veu de la nation.

Ces bruits répandus de toutes parts avec une adresse extrème et appuyés d'une foule de petits incidens, plus ou moins vraisemblables, tels que le complot de Wilson et compagnie, les diatribes insérées dans les journaux de l'opposition, la lettre prétendu du Duc de Wellington, gagnent tous les jours davantage, et acquièrent insensiblement la force d'une opinion générale.

J'avoue que je suis du petit nombre de ceux qu'ils n'ont pas encore séduits. Je ne puis croire à tant de perversité, je dis plus, à tant d'absurdité : il seroit absurde, en effet, que les Anglais, arrivés au plus haut point de leur prospérité, n'eussent renversé Buonaparte que pour le rétablir, et rétabli Louis XVIII. que pour le renverser. Quelqu'intérêt qu'on leur suppose à retenir la France dans un état d'humiliation qui ne puisse leur inspirer long-tems la moindre jalousie ; on doit supposer en même tems qu'ils ne consentiroient pas volontiers à se déshonorer aux yeux de l'univers sans cause et sans profit; or, tel seroit le résultat de la conduite machia

velique qu'on leur fait tenir avec tant de complaisance. En répandant ces bruits, les Buonapartistes et les Jacobins jouent leur jeu, qui consiste à saper les fondemens du trône des Bourbons; mais les royalistes qui les répandent de leur côté sont des ingrats, des dupes, et des sots : ils tournent le dos à leur but ; ils servent les intérêts de leurs ennemis; et finiroient par aliéner d'eux leur allié le plus puissant, s'il n'étoit pas aussi généreux qu'il est puissant, s'il n'entroit pas dans son inclination, comme dans ses vues politiques, de soutenir son ouvrage. G . . . . [In Sir C. Stuart's of 4th April.]

On fait circuler une lettre du Duc de Wellington au Roi de France, qui a bien l'air de sortir de la même manufacture que le fameux rapport de M. Pozzo di Borgo sur la situation de la France. L'une et l'autre pièce sont à peu près du même style, et ont pour objet de représenter la France et le monarque dans un état de foiblesse très proche de la mort. Si je peux me procurer une copie de la lettre, je vous le ferai passer sur le champ.

14me Bulletin.
12 Avril, 1816.

En racontant les visions de Müller, et les effets qu'elles produisent sur l'esprit des Prussiens, un journal Allemand faisoit les réflexions suivantes : " Une manie singulière règne dans ce moment parmi les hommes. Mécontens du présent, ils ne prévoient que des révolutions dans l'avenir. On diroit que les scènes sanglantes du passé les ont jetés dans un délire, pendant lequel leur âme, épuisée de sentimens naturels, ne rêve que des monstres, des fantômes, et des esprits infernaux. Si on observe attentivement les peuples de nos jours, on verra qu'ils offrent un singulier mélange d'audace et de lâcheté, d'athéisme et de superstition, de dureté de cœur et de tendresse sentimentale, de débauche et de dévotion, de froideur dans l'âme et d'exaltation dans l'imagination. Ils ne savent plus s'ils doivent endosser la cuirasse de la chevalerie, la haire des moines, ou la toge romaine: ils essayent de toutes les situations, excepté de celle qui leur convient. Le vrai leur paroit ennuyer, le repos insupportable, et leur palais blasé ne trouve plus de saveur que dans les liqueurs fortes et les mets les plus épicés.”

Ces réflexions s'appliquent à la situation de la France encore plus qu'à celle de la Prusse. Le bouleversement général causé par la révolution subsiste encore dans les esprits, parceque l'autorité, long-tems déposée en des mains viles, a perdu cette majesté qui lui attiroit la confiance et le respect; parceque la balance de la justice, confiée à des mercenaires, a penché au gré de l'erreur et des passions du tyran ; parceque les dignités qui font la force autant que l'éclat des empires, prodiguées à des misérables ont éteint l'émulation et allumé la cupidité; parceque, enfin, la religion a perdu tout son empire sur cette classe d'hommes qui, faute d'une éducation convenable, ne connoit point les loix de la morale, et ne peut être conduite que par la crainte des peines de l'enfer ou de l'échafaud. Il s'ensuit que les états les plus nécessaires sont abandonnés, parcequ'ils sont obscurs, et que les places les plus distinguées sont mal remplies, parceque tout le monde peut y parvenir, et qu'elles appartiennent à l'intrigue plus qu'au mérite. Les uns commandent avec dureté, parcequ'ils sont peu accoutumés au commandement; les autres obéissent avec contrainte parcequ'ils ont perdu le sentiment de l'obéissance : tous font effort pour s'élever au-dessus de leur état; et l'intérêt commun est la chose du monde dont on s'occupe le moins dans cette foule d'intérêts particuliers qui le tra versent. Le rétablissement des Bourbons étoit la première mais non la seule condition du rétablissement de l'ordre en France.

Pour renverser la monarchie, il fallut commencer par saper les trois fondemens sur lesquels elle étoit établie, savoir la religion, les loix, et l'éducation. Pour la rétablir d'une inanière

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