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velique qu'on leur fait tenir avec tant de complaisance. En répandant, ces bruits, les Buonapartistes et les Jacobins jouent leur jeu, qui consiste à saper les fondemens du trône des Bourbons; mais les royalistes qui les répandent de leur côté sont des ingrats, des dupes, et des sots: ils tournent le dos à leur but; ils servent les intérêts de leurs ennemis; et finiroient par aliéner d'eux leur allié le plus puissant, s'il n'étoit pas aussi généreux qu'il est puissant, s'il n'entroit pas dans son inclination, comme dans ses vues politiques, de soutenir son ouvrage.

G

[In Sir C. Stuart's of 4th April.] On fait circuler une lettre du Duc de Wellington au Roi de France, qui a bien l'air de sortir de la même manufacture que le fameux rapport de M. Pozzo di Borgo sur la situation de la France. L'une et l'autre pièce sont à peu près du même style, et ont pour objet de représenter la France et le monarque dans un état de foiblesse très proche de la mort. Si je peux me procurer une copie de la lettre, je vous le ferai passer sur le champ.

\ime Bulletin.

12 Avril, 1816.

En racontant les visions de Mùller, et les effets qu'elles produisent sur l'esprit des Prussiens, un journal Allemand faisoit les réflexions suivantes: "Une manie singulière règne dans ce moment parmi les hommes. Mécontens du présent, ils ne prévoient que des révolutions dans l'avenir. On diroit que les scènes sanglantes du passé les ont jetés dans un délire, pendant lequel leur âme, épuisée de sentimens naturels, ne rêve que des monstres, des fantômes, et des esprits infernaux. Si on observe attentivement les peuples de nos jours, on verra qu'ils offrent un singulier mélange d'audace et de lâcheté, d'athéisme et de superstition, de dureté de cœur et de tendresse sentimentale, de débauche et de dévotion, de froideur dans l'âme et d'exaltation dans l'imagination. Ils ne savent plus s'ils doivent endosser la cuirasse de la chevalerie, la haire des moines, ou la toge romaine: ils essayent de toutes les situations, excepté de celle qui leur convient. Le vrai leur paroit ennuyer, le repos insupportable, et leur palais blasé ne trouve plus de saveur que dans les liqueurs fortes et les mets les plus épicés."

Ces réflexions s'appliquent à la situation de la France encore plus qu'à celle de la Prusse. Le bouleversement général causé par la révolution subsiste encore dans les esprits, parceque l'autorité, long-tems déposée en des mains viles, a perdu cette majesté qui lui attiroit la confiance et le respect; parceque la balance de la justice, confiée à des mercenaires, a penché au gré de l'erreur et des passions du tyran; parceque les dignités qui font la force autant que l'éclat des empires, prodiguées à des misérables ont éteint l'émulation et allumé la cupidité; parceque, enfin, la religion a perdu tout son empire sur cette classe d'hommes qui, faute d'une éducation convenable, ne connoit point les loix de la morale, et ne peut être conduite que par la crainte des peines de l'enfer ou de l'échafaud. Il s'ensuit que les états les plus nécessaires sont abandonnés, parcequ'ils sont obscurs, et que les places les plus distinguées sont mal remplies, parceque tout le monde peut y parvenir, et qu'elles appartiennent à l'intrigue plus qu'au mérite. Les uns commandent avec dureté, parcequ'ils sont peu accoutumés au commandement; les autres obéissent avec contrainte parcequ'ils ont perdu le sentiment de l'obéissance: tous font effort pour s'élever au-dessus de leur état; et l'intérêt commun est la chose du monde dont on s'occupe le moins dans cette foule d'intérêts particuliers qui le traversent. Le rétablissement des Bourbons étoit la première mais non la seule condition du rétablissement de l'ordre en France.

Pour renverser la monarchie, il fallut commencer par saper les trois fondemens sur lesquels elle étoit établie, savoir la religion, les loix, et l'éducation. Pour la rétablir d'une manière durable, il faut donc commencer par reconstruire ses trois points d'appui, l'éducation, les lois, et la religion.

La religion, qui est la sanction la plus universelle et la plus forte de la morale naturelle, et qui réunit, tous les hommes dans les mêmes devoirs, dans les mêmes espérances, et dans les mêmes craintes—les loix, qui offrent à tous la même protection contre le méchant et menacent le méchant de la vengeance de tous—l'éducation qui développe et fortifie par ses habitudes le sentiment des devoirs naturels et accroît l'intelligence par l'étude. Tel est partout le fondement de l'ordre social, tel est partout le triple frein que le législateur doit opposer aux passions injustes et violentes, par lesquelles l'homme, également susceptible de bien et de mal, tend sans cesse à troubler l'ordre social, en même tems qu'il en ressent le besoin et les avantages.

Mais cette restauration n'est pas l'affaire d'un jour. Il faudra même de longues années pour réaccoutumer les enfans à l'étude, les hommes aux loix, et le peuple à la religion: en attendant cette époque, la superstition, l'orgueil, et l'ignorance, occasionneront beaucoup de désordres, et nous ferons longtems ressentir les effets de la révolution, lors même que la cause en est détruite.

Écoutez, s'il vous plait, l'historiette suivante.

Le jardinier de l'hospice de Charenton alla trouver son maître, il y a quelques jours, et lui dit que l'ange Gabriel lui avoit apparu et ordonné d'aller voir le roi, et de lui donner certains avis nécessaires à la sûreté de l'Etat. M. de Coulmiers, directeur de l'hospice, homme éclairé, se moqua du bon homme, et le renvoya cultiver ses légumes. Deux jours après, le même jardinier revint le trouver, lui déclara que l'ange Gabriel lui avoit apparu une seconde fois, et l'avoit menacé de la mort, s'il n'obéissoit pas aux ordres du ciel; en conséquence qu'il avoit résolu de voir le roi h quelque prix que ce fut. M. de Coulmiers le voyant si décidé fit prévenir le ministre de la police de cette étrange aventure, ou plutôt de cette folie; et celui-ci eut la curiosité de voir et de connoître le nouveau Thaumaturge. Il le fit venir dans son cabinet, et après une conférence de dix minutes, fit mettre les chevaux à sa voiture, y monta avec le jardinier, et arriva avec lui au château. Le roi prévenu ne fit aucune difficulté de les recevoir l'un et l'autre. Le jardinier, obéissant aux inspirations de l'ange gardien, parla pendant un quart d'heure avec beaucoup plus d'éloquence et de raison qu'on n'avoit droit de l'attendre et de son état et de sa tête. On assure qu'il a dit au roi des choses étonnantes; on ajoute que le roi en a paru émerveillé. Quoiqu'il en soit, cette historiette vraie ou fausse se répand dans les campagnes et les faubourgs; on la raconte en ville avec des commentaires plus ou moins longs plus ou moins malins. Mais, chose singulière! j'ai vu des hommes d'esprit, qui ne croient ni à dieu ni à diable, soutenir que tout cela étoit possible, et étoit nullement déraisonnable.

Lord Castlereagh to Mr. à Court.

Foreign Office, April 15, 1816.

My dear Sir—I don't know that I can add anything to my official letter. You will see therein the whole of this transaction adverted to; how it mixes itself up with the Frankfort exchanges; and how it has been complicated by Prince Metternich's contradictory proceedings. Prince Castelcicala has been trying to make me blow hot and cold upon this point, as well as the Austrian Minister; but, as I detest this mode of conducting affairs, and believe half the political evils of the world originate in these indirect proceedings, I have given him no encouragement to suppose that the interposition of Great Britain will be other than what is professed.

I wish you not to omit every suitable exertion to reconcile the Neapolitan Government to lend itself to this measure; but you will at the same time watch the state of things at Frankfort, so as to be sure that our efforts are employed for an adequate purpose, viz., a general settlement of all differences. Believe me to be, &c, Castlereagh.

Baron Wessenberg to the Earl of Clancarty.

Francfort, ce 4 May, 1816.

En me référant à notre dernière conversation, par rapport à Mayence, j'ai l'honneur de vous communiquer confidentiellement l'Extrait des discussions, qui ont eu lieu à ce sujet entre le Prince de Hardenberg et le Prince de Metternich. Je dois supposer que le Prince Esterhazy a été chargé d'en parler à Lord Castlereagh.

Les conditions mises par la Prusse à l'acceptation des propositions de l'Autriche me paroîssent un peu ridicules. L'Autriche cède au-delà de 30 mille âmes de plus à la Prusse sur la rive gauche: elle s'est prêtée à faciliter les arrangemens avec la Hesse; elle concourt à lui obtenir le droit de garnison à Luxembourg: elle est, par conséquent, en droit d'attendre en retour quelque légère complaisance de sa part.

L'Angleterre est intéressée à ce que Mayence, la clef de

l'Allemagne, ne soit pas à la Prusse exclusivement: Il est déjà

assez malheureux que le royaume des Pays Bas soit séparé de

l'Allemagne par les possessions Prussiennes. La possession

de Mayence par les Prussiens changeroit evidemment la face

des affaires, et surtout le système de défense adopté par les

Puissances. Je ne puis comprendre comment on a pu laisser

cet objet indécis lors des négociations à Paris en 1814, et puis

à Vienne, et puis à Paris. Les indécisions font le malheur de

ce monde.

Tout à vous, Wessenberg.

Mr. G. W. Chad to Lord Castlereagh.

The Hague, May 24, 1816. My Lord—The note enclosed in my despatch of yesterday, originated, I find, with the Baron de Binder, who, having repeatedly complained to Prince Metternich of the licentiousness of the Belgian press, received discretionary powers from his Highness, which have given rise to the present project.

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