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étaient tous malfaisans. Le plus ancien poëme de l'Allemagne, celui des Nibelungen, dans la forme où nous l'avons aujourd'hui, est postérieur aux premiers romans français, et peut avoir été modifié par eux; cependant, ses mæurs ne sont point celles de la chevalerie: l'amour y a peu de part aux actions; les guerriers y ont de tout autres intérêts, de tout autres passions que celles de la galanterie ; les femmes paraissent peu, elles ne sont point l'objet d'un culte, et les hommes ne sont point adoucis et civilisés par leur union avec elles ; tandis que les inventeurs de la chevalerie romanesque surent réunir pour peindre des héros les traits les plus brillans de toutes les nations avec lesquelles ils furent en contact, la loyauté allemande, la galanterie française, et la riche imagination des Arabes.

" C'est chez ces derniers que d'autres ont été chercher la premiere origine de la chevalerie des romans. Au premier aspect, cette opinion paraît naturelle, et s'appuie sur beaucoup de faits. De très-anciens romans représentent la chevalerie comme établie chez les Maures, autant que chez les Chrétiens ; ils mettent en scène des chevaliers maures ; et tous les historiens, les conteurs et les poètes d'Espagne, donnent aux Maures des mœurs chevaleresques, ainsi Ferragus, ou Fier-à-Bras, le plus bravé, le plus loyal des chevaliers maures, paraît déjà dans toute sa gloire dans la Chronique de Turpin, qui a précédé tous les romans de chevalerie. La même Chronique affirme (ch. xx.) que Charlemagne avait reçu l'ordre de chevalerie de Galafron Emir (admirantus), ou prince sarrasin de Coleto' en Provence. Ainsi Bernard de Carpio, le plus ancien héros de l'Espagne chrétienne, ne se signale à peu près que dans l'armée des Maures par de hauts faits de chevalerie; ainsi l'Histoire des Guerres civiles de Grenade, n'est qu'un roman de chevalerie ; et dans la Diane de Montemayor, la seule aventure chevaleresque qui soit mêlée à ce monde tout pastoral, est placée chez les Maures; c'est celle d'Abindarraès, l'un des Abencerrages de Grenade, et de la belle Xarifa. Les anciennes romances espagnoles et le plus ancien de leurs poëmes, celui du Cid, donnent encore, dès le douzième siècle, les mêmes mœurs aux Arabes; toute la partie de l'Espagne que les Maures ont occupée, est couverte de châteaux forts sur toutes les hauteurs ; chaque petit prince, chaque seigneur, chaque cheick s'était rendu indépendant; il existait, en Espagne du moins, une sorte de féodalité arabe, et un esprit du liberté, qui n'est pas en général celui de l'islamisme. Les notions du point d'honneur qui ont eu unesi grande influence, non pas seulement sur la chevalerie, mais sur toute notre civilisation moderne, sont plus propres aux Arabes qu'aux peuples germains; c'est d'eux que nous est venue cette religion de la vengeance, cette appréciation si délicate des offenses et des affronts, qui leur fait sacrifier leur vie et celle de toute itur famille pour laver une tache à leur honneur, qui fit, en 1568, révolter toute l'Alpuxarra de Grenade, et périr cinquante mille Maures, pour venger un coup

de.

de bâton donné par D. Juan de Mendoza à D. Juan de Malec, descendu des Aben-Humeya.

* Le culte des femines semble encore propre à ces peuples brûlés par le soleil ; ils les aiment avec une passion, avec une fureur, dont la vie réelle chez nous, ni même les romans, ne donnent encore aucune idée; ils regardent leur demeure comme un sanctuaire, un mot qu'on prononce sur elles comme un blasphème, et tout l'honneur d'un homme, comme étant entre les mains de celle qu'il aime. L'époque de la naissance de la chevalerie est celle précisément où la morale des Arabes était arrivée au plus baut terme de délicatesse et de raffinement, où la vertu était l'objet de leur enthousiasme, et où la pureté du langage et des pensées chez leurs écrivains, fait honte à la corruption des nôtres. Enfin, de tous les peuples de l'Europe, les plus chevaleresques sont les Espagnols, et ce sont les seuls qui aient été immédiatement à l'école des Arabes." Tom. I. p. 265.

So far M. Sismondi is perfectly right, but we fear he gives us a specimen of an Arabian imagination, when he endeavours to prove his favourite system, that the Normans were the inventors of the Romances of Chivalry. .

« Les romans de chevalerie se divisent en trois classes bien distinctes : ils s'attachent à trois époques différentes dans la première moitié du moyen âge, et ils représentent trois sociétés, trois armées de héros fabuleux, qui n'ont point eu de communication les uns avec les autres. La naissance successive, et le caractère propre de ces trois mythologies romantiques, est peutétre ce qui doit jeter le plus de lumière sur la première invention de tout le genre.

* La première classe des romans de chevalerie a' célébré les exploits d'Arthus, fils de Pandragon, le dernier roi breton qui défendit l'Angleterre contre l'invasion des Anglo-Saxons. C'est à la cour de ce roi et de sa femme Genièvre que se rattachent et l'enchanteur Merlin, et l'institution de la Table ronde, et tous les preux chevaliers Tristran de Léonois, Lancelot du Lac, etc. La première origine de cette histoire se trouve dans le roman du Brut, de maître Gasse, qui porte, dans le texte même, la date de 1155. Dans cette chronique fabuleuse se trouvent déjà et le roi Arthus, et la Table ronde, et le prophète Merlin; mais ce furent les romans postérieurs qui achevèrent cette création, et qui firent de la cour d'Arthus un monde vivant, dont tous les personnages n'étaient pas moins connus que ne le sont aujourd'hui ceux de la cour de Louis XIV. Le roman de Merlin, fils du diable et d'una dame bretonne qui vivait au temps du roi Vortiger, fait connaître et les grandes guerres d'Uter et de Pandragon contre les Saxons, et la naissance d'Arthus, et sa jeunesse, et les prodiges par lesquels le prophète de la chevalerie a sanctionné l'établissement de la Table ronde, et les prophéties qu'il a laissées après lui, auxquelles

tous tous les romanciers des temps postérieurs ont eu recours. Le roman du Saint-Gréaal; écrit en vers dans le douzième siècle, par Chrétien de Troyes, rattache la chevalerie, bretonne à l'histoire sainte. La coupe dans laquelle Notre Seigneur fut abreuvé pendant son supplice, porte chez les romanciers le nom de Saint-Gréaal; ils supposent qu'elle fut apportée en Angleterre,, et quelle fut conquise par les chevaliers de la Table ronde, Lancelot du Lac, Galaad son fils, Perceval-le-Galois, et Boort, qui chacun ont aussi leur histoire. Le roi Arthus, messire Gaulvain son neveu, Perlevaux, neveu du roi pêcheur, Meliot de Logres, Meliąus de Danemarck, sont tous des héros de cette cour illustre; et les aventures de chacun ont été racontées par divers romanciers avec le même mélange de naïveté, de grandeur, de galanterie et de superstition. Le roman de Lancelot du Lac fut commencé par Chrétien de Troyes, mais continué, après la mort de celuici, par Godefroi de Ligny; celui de Tristan, fils du roi Méliadus de Léonois, le premier de tous qui ait été écrit en prose, et le plus fréquemment cité par les anciens auteurs, fut écrit en 1190 par un trouvère dont on ignore le nom.

« Lorsqu'on examine cette nombreuse famille de héros, et la scène sur laquelle ils sont placés, on se confirme dans l'opinion que: les Normands ont été les vrais auteurs de ce nouvel univers poétique. De tous les peuple de l'ancienne Europe, les Normands: s'étaient montrés, dans les siècles qui précédèrent cette littérature, les plus aventureux et les plus intrépides. Leurs expéditions de Danemarck et de Norwège, sur toutes les côtes de France et d'Angleterre, dans des bateaux plats et ouverts, avec lesquels ils traversaient les mers les plus orageuses, ils remontaient les rivières, ei ils venaient surprendre, au milieu de la paix, des peuples qui ne soupçonnaient pas leur existence, étonnent aujourd'hui et confon dent l'imagination par leur hardiesse. D'autres Normand traversaient les déserts inconnus de la Russie; l'épée à la main, ils se frayaient une route au travers de peuples perfides et sangui-. naires,, et ils arrivaient à Constantinople, où ils formaient la garde. des, empereurs; au prix de leur sang ils achetaient la jouissance des fruits du Midi ; le désir des figues est encore aujourd'hui, on, Islande, le nom du désir le plus impétueux, de ce désir qui entrai. nait leurs pères dans de si étranges aventures. D'autres Nor. ands se fixèrent dans cette Russie même que leurs compatrio::'s traversaient; leur courage indomptable, que la ruse secondait toujours, les y rendit bientôt puissans; ils y fondèrert la dynastie des Warag ou Warangiens, qui dura jusqu'à l'invasion des Tartares. Lorsqu'une puissante colonie de Normands se fut établie france, qu'en donnant son nom à la Neustrie, ello i't adopla la kuzue et les lois du peuple au milieu duquel elle vabalt vivre, oriu u'abandonna point cependant l'amour des expéditions lointaines; et les conquêtes des Norwayıds étoanisi pajeur hardiesse, et par l'es. prit aventureux qui dirigeait claque individu. Dès le coinmencement du onzième siècle, quelques pc'erins aventuriers, attirés dans le royaume de Naples par la dévotiu et la curiosité, conquirent. successivement la Pouille, la Calabre et la Sicile. ' A peine ciné quante ans s'étaient écoulés depuis que le premier d'entre eux avait appris la route de ces pays lointains, lorsque Robert Guiscard vit fuir devant lui, dans la même année, les deux empereurs d'Orient et d'Occident. Au milieu du onzième siècle (1066,) un duc de Normandie conquit l'Angleterre; au commencement du siècle suivant, un Normand (Boémond) fonda la principauté d'Antioche, et les aventuriers du Nord s'établirent jusqu'au centre de la Syrie.” Tom. I. p. 269.

successivement

According to this statement, the Romances of the Round. Table, King Arthur, &c. &c. &c. are of Norman origin. Ist. · Because the Normans being a very enterprising nation, had made many expeditions, sometimes in open boats by sea to England, and at other times, sword in hand through Russia to Constantinople, &c. &c. and 2d. because they were very fond of eating bgs.

If, then, the desire of figs was the cause of the enterprises c. of the Normans, and the origin of their writing epic Romances,

will M. Sismondi be good enough to explain to us why he does not give the same credit to those barbarians, who, before the time of the Troubadours, invaded Spain, France, and Italy? They were just as barbarous and enterprising as the Normans : they marched sword in hand, and liked figs just as much as the inhabitants of Neustria ; and what is still more, they con-. quered a country, the natives of which, by the neighbourhood of the Arabians, who had been by M. Sismondi's own confession, the first inventors of chivalry, had already an idea of this species of writing. Why, then, did they not write Romances ? M. Sismondi pretends that the cause of this phenomenon is to be attributed to the Troubadours, who being lyric poets, directed this love of figs of their invaders, to the progress of lyric poetry; while the Trouveres, being epic writers, turned this ardent desire for this delicious fruit of the South, to the ad. Vantages of epic, that is, the Romances of Chivalry.

The second species of Romances is equally of Nornian origin, and the reasons are by no means less urgent and coule, clusive.

« Une seconde famille de romans chevaleresques, est celle des Amadis, dont on dispute avec assez de fondement la propriété à la littérature française, Ces romans sont placés a peu près sur la même scène que ceux de la Table ronde ; c'est encore l'Écosse, l'Angleterre, la Bretagne, la France; mais les lieux sont mains fixes, ils n'ont plus aucune couleur locale, et leurs noms, au lieu d'être pris des objets, semblent empruntés de précédens livres de chevalerie. Les temps sont absolument fabuleux; le règne de Perion, roi de France, de Languines, roi d'Ecosse, de Lisvard,

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roi de Bretagne, ne saurait cadrer avec aucun souvenir historique, et l'histoire des Amadis ne se lie à aucune révolution, à aucun. grand événement. Amadis de Gaule, le premier de ces romans, et le modèle de tous les autres, est reclamé par les peuples au midi des Pyrénées, comme l'ouvrage de Vasco Lobeira, portugais, qui vivait entre 1290 et 1325. Il faut convenir cependant que si l'ouvrage est d'un portugais, on peut s'étonner qu'il en ait placé la scène en France, et précisément dans le même pays illustré par les romans de la Table ronde; qu'il n'ait point conduit son héros en Espagne, qu'il ne lui ait donné aucune relation avec les Maures, dont les guerres étaient toujours le grand intérêt de tous les Espagnols ; qu'enfin il n'ait différé de ses prédécesseurs que par plus de délicatesse dans les sentimens, plus de tendresse, et quelque chose de plus mystique dans l'amour. Si au contraire, comme les Français le prétendent,. Amadis de Gaule fut seulement retravaillé par Lobeira d'après un plus ancien roman français, il est étrange que celui-ci ne fût point lié aux romans de la Table ronde, et qu'il commençât une autre génération d'hommes et une fable toute nouvelle *.” Tom. I. p. 282.

Now as this statement is rather ambiguous, to prevent any possibility that this meaning should be mistaken, M. Sismondi immediately adds.

« On ne dispute point sur les continuations et les nombreuses imitations d'Amadis de Gaule, Amadis de Grèce, et tous les Amadis, Florismart d'Hircanie, Galaor, Forestan, Esplandian ; tous ces romans là sont incontestablement espagnols d'origine, et ils en portent le caractère. L'enflure orientale y prend la place de l'antique naïveté du style; l'imagination y devient plus extravagante, et cependant moins forte ; l'amour y est plus raffiné, la valeur y a plus de rodomontades, la religion y occupe plus de place, et le fana tisme persécuteur s'y laisse déjà entrevoir.” Tom. I. p. 283.

Here, however, M. Sismondi has a great misfortune to encounter, and that is, nothing less than the authority of both the great Torquato Tasso and his father, who has translated this Romance of Amadis into Italian, and who having examined the question with all possible accuracy, has been bold enough to'. give the credit of it to the Spaniards, as we shall mention by and by.

« * Je n'ai en entre les mains que l'Amadis espagnol, imprimé à Séville, in fol., 1547; et l'Amadis français, que Nicolas de Herberay a traduit de l'espagnol, edition in fol. 1540. C'est parmi les manuscrits qu'il faudrait chercher, et les premiers récits en vers français, et l'ancien ouvrage de Vasco Lobeira, qu'on reconnait à peine dans l'espagnol du seizième siècle.”

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