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de la circulaire de la commune, il invita les bom

PEUPLE DES DEUX NATIONS mes libres à répéter dans les départements l'énor

A L'ÉPOQUE RÉVOLUTIONNAIRE. mité perpétrée aux Carmes et à l'Abbaye. Mais Sixte-Quint n'égala-t-il pas, pour le salut des hommes, le dévouement de Jacques Clément au

PAYSANS ROYALISTES ANGLOIS. mystère de l'Incarnation, de même que l'on com

Le peuple anglois, rangé derrière les Hamppara Marat au Sauveur du monde? Charles IX den et les īreton, n'avoit rien de la force du peun'écrivit-il pas aux gouverneurs des provinces ple qui marchoit avec les Mirabeau et les Danton; d'imiter les massacres de la Saint-Barthélemy, de ce peuple qui fit magnifiquement son devoir comme Danton manda aux patriotes de copier les a la frontière ; qui rejeta les nations étrangères massacres de septembre? Les jacobins étoient des dans leurs propres foyers : elles les éteignirent de plagiaires; ils le furent encore en immolant Louis

leur sang, au moment où elles se flattoient de XVI à l'instar de Charles Ier. Des crimes s'étant s'asseoir à notre feu, et d'y boire le vin de nos trouvés mêlés au mouvement social de la fin du treilles. Pris collectivement, le peuple est un dernier siècle, quelques esprits se sont figuré mal poëte : auteur et acteur ardent de la pièce qu'il à propos que ces crimes avoient produit les gran- joue ou qu'on lui fait jouer, ses excès mêmes ne deurs de la révolution, dont ils n'étoient que d'af- sont pas tant l'instinct d'une cruauté native, que freuses inutilités : d'une belle nature souffrante, le délire d'une foule enivrée de spectacles, suron n'a admiré que la convulsion,

tout quand ils sont tragiques; chose si vraie, « A l'époque où les enfants avoient pour jouets que dans les horreurs populaires, il y a toujours de petites guillotines à oiseaux, où un homme quelque chose de superflu donné au tableau et à bonnet rouge conduisoit les morts au cime

à l'émotion. tière"; à l'époque où l'on crioit vive l'enfer ! vive

Il y eut des guerres civiles en Angleterre : resla mort I où on célébroit les joyeuses orgies du semblèrent-elles à celles de nos provinces de sang, de l'acier et de la rage, où l'on trinquoit rouest? Là même où notre peuple se déchiroit au néant, il falloit , en fin de compte, arriver au

de ses propres mains, il étoit encore prodigieux. dernier banquet, à la dernière facétie de la dou- Mais voyons d'abord le paysan anglois. leur.

La cause de Charles Ier et de son fils produisit · Danton fut pris au traquenard qu'il avoit de courageux défenseurs parmi les populations tendu : amené devant le tribunal, son ouvrage, rustiques. Le fermier Pendrell, ou plutôt Penil ne lui servit de rien de lancer des boulettes drill, et ses quatre frères, se sont noblement de pain au nez de ses juges , de répondre avec placés dans l'histoire. Il existe un petit livre inticourage et noblesse, de faire hésiter la cour ré-tulé Boscobel, ou abrégé de ce qui s'est passé volutionnaire, de mettre en péril et en frayeur dans la retraite mémorable de S. M. (Charles II ) la Convention, de raisonner logiquement sur des après la bataille de Worcester : là se trouve forfaits par qui la puissance même de ses enne- consignée la fidélité des Pendrill. Charles II, mis avoit été créée.

parti de Worcester le 3 septembre 1651, à six « Il ne lui resta qu'à se montrer aussi impi- heures du soir, après la perte de la bataille, artoyable à sa propre mort qu'il l'avoit été à celle des riva à quatre heures du matin à Boscobel avec autres, qu'à dresser son front plus haut que le le comte de Derby. « Ils frappèrent dans l'obscoutelas suspendu. Du théâtre de la Terreur où ses

« curité, dit la relation, à la porte d'un certain pieds se colloient dans le sang épaissi de la veille, « Pendrill, paysan catholique, et concierge de la après avoir promené un regard de mépris sur la

a ferme appelée White-Ladies ( les Dames Blanfoule, il dit au bourreau : « Tu montreras ma

ches), laquelle avoit été une abbaye de filles « tête au peuple; elle en vaut la peine. » Le chef

« bernardines ou de l'ordre de Citeaux, éloignée de Danton demeura aux mains de l'exécuteur,

« d'un jet de pierre dans le bois. » tandis que l'ombre acéphale alla se mêler aux

Le paysan reçut son jeune roi au péril de sa ombres décapitées de ses victimes : c'étoit encore

vie. « Aussitôt, continue la relation, on coupa de l'égalité. »

« les cheveux du roi, on lui noircit les mains; "Arrêté du conseil général de la commune, 27 brum. 93. a on mit ses habits dans la terre; il en prit un

« de paysan en échange. On mena le roi dans

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« le bois; il se trouva seul dans un lieu inconnu, 1 * foyers, ignorant ce qu'étoit devenu Charles, a une serpe à la main. Ce jour-là Charles ne vit « et s'il pourroit jamais le revoir, quand le sort • personne, parce que le temps fut humide, si ce « l'offrit à sa vue, n'est la belle-sour de Pendrill, qui lui porta Qu'on juge de leur joie à cette rencontre ines. « quelque chose dans le taillis pour se couvrir et « pérée. C'est alors qu'ils babitèrent ce fameux aussi pour manger. Quand le roi ne pouvoit « chêne , qui fut depuis regardé avec tant d'ad,

sortir de la ferme , à cause de quelque danger, miration, et dont on disoit en le montrant au son l'enfermoit dans une cache qui servoit aux « voyageur : Ce fut le palais du roi. Ce chêne prêtres catholiques pour y dire en secret leur

« étoit si gros et si touffu de branches, que vingt messe. Cette cache se trouvoit dans une espèce « hommes auroient pu tenir sur sa tête. Charles,

de masure qui portoit le nom d'Hobbal et qu'ha- accablé de fatigue, avoit besoin de repos; il n'o. .bitoit Richard Pendrill, un des quatre frères « soit s'y livrer sur cet arbre, et quitter cet arbre de Guillaume. »

« étoit risquer d'être reconnu. Suspendu comme Charles II voulut se rendre à Londres, Richard « sur un abime, et caché parmi les rameaux, Pendrill lui servit de guide; ils furent obligés de « un instant de sommeil l'en eût précipité. Carrevenir, tous les passages étant gardés. « Le « less étoit robuste, il se chargea de veiller. Le

gravier qui étoit entré dans les souliers du roi a roi se plaça dans ses bras, s'appuya contre son « avoit ensanglanté ses pieds, et la nuit étoit si sein, et, soutenu par ses mains vaillantes, s'ennoire , qu'à deux pas de Richard il ne pouvoit « dormit dans les airs. l'apercevoir : il le suivoit, conduit par le bruit Quel spectacle touchant! Ce prince, dans de son haut-de-chausses, qui étoit de cuir. Ils la fleur et dans la force de la jeunesse, réduit & furent de retour à Boscobel avant le jour. Ri- « par le sommeil à la foiblesse de l'enfance, plongé '.chard, ayant caché le roi dans les broussailles, « dans l'assoupissement avec l'abandon de cet

« alla voir s'il n'y auroit pas quelques soldats « åge, tranquillement endormi, au milieu de · dans sa maison : il n'y trouva qu'un seul « tant de périls, entre les bras d'un homme aushomme, le colonel Carless. »

tère, d'un guerrier attentif et veillant sur son Ici je change d'historien : un homme fut mon roi, agé de vingt et un ans, avec toutes les ami et l'ami de M. de Fontanes : je ne sais si « inquiétudes d'une mère! Ainsi les lieux, les au fond de sa tombe il me saura gré de révéler « arbres , les forêts, ont leur destin comme les la noble et pure existence qu'il a cachée. Quel- « hommes. ques articles, qu'il ne signoit pas, ont seulement « Charles quitta bientôt Boscobel. Un jour, paru dans diverses feuilles publiques : parmi ces « étant dans la salle d'une hôtellerie, comme il articles se trouve un examen du Boscobel. Qu'il « levoit son chapeau à la dame du logis qui passoit permis à l'amitié de citer de courts fragments « soit par ce lieu, le sommeiller l'ayant attentide cet examen ; ils feront naître des regrets chez « vement regardé, le reconnut. Cet homme le les hommes sensibles au mérite véritable : c'est prit à l'écart, le pria de descendre avec lui daus le seul vestige des pas qu'un talent solitaire et « la cave, et là, tenant une coupe, la remplit de ignoré a laissé sur le rivage en traversant la vie. vin, et but à la prospérité du roi. Je sais ce

• Carless, dit M. Joubert, étoit un des plus « que vous êtes , lui dit-il ensuite en mettant un • illustres chefs de l'armée du roi : il avoit com- a genou en terre, et vous serai fidèle jusqu'à ma • battu jusqu'à l'extrémité à la journée de Wor- « mort. » cester. Quand il avoit vu tout perdu , il s'étoit Ainsi a fait revivre ces scènes oubliées, l'ami intrépidement placé, avec le comte de Clives que j'ai perdu : il est allé rejoindre ces hommes et Jacques Hamilton, à l'une des portes de la d'autrefois. • ville conquise, pour arrêter le vainqueur, et N'a-t-on pas cru lire un épisode de nos guer* pour s'opposer à la poursuite des vaincus. Il res de l'Ouest pendant la révolution ? La fidélité • garda ce poste, qu'il s'étoit lui-même assigné, semble être une des vertus de l'ancienne religion

jusqu'à ce qu'il pût croire que le temps avoit chrétienne : les Pendrill gardoient le culte de permis à son maître de s'éloigner et de se met leurs aieux; ils avoient une cachette où le prê. • tre hors de danger. Alors seulement il se reti- tre disoit la messe ; leur roi protestant y trouvoit • ra : il alloit chercher un asile dans ses propres un asile inviolable au pied du vieil autel catholi

a

que. Pour achever la ressemblance, la comtesse contre ce qu'il y avoit de nouveau sang et d'esde Derby, qui défendit si vaillamment l'ile de pérances dans la France de la révolution. Le Man , et qui fut la dernière personne des trois vainqueur sentit la grandeur du vaincu : Thuroyaumes à se soumettre à la république, étoit rot, général des républicains, déclaroit que a les de la famille de la Tremoille : le prince de Tal- « Vendéens seroient placés dans l'histoire au premont fut une des dernières victimes des guerres « mier rang de peuples soldats. » Un autre génévendéennes.

ral écrivoit à Merlin de Thionville : « Des trou

pes qui ont battu de tels François peuvent bien PORTRAIT D'UN VENDÉEN.

« se flatter de vaincre tous les autres peuples. Quoi qu'il en soit des bûcherons de Boscobel, Les légions de Probus, dans leur chanson, en près du chêne royal maintenant tombé, les Pen- disoient autant de nos pères. Buonaparte appela drill sont-ils des paysans vendéens?

les combats de la Vendée« des combats de géants. » « Un jour', en 1798, à Londres, je rencontrai

a Dans la cohue du parloir, j'étois le seul à chez le chargé d'affaires des princes françois une

considérer avec admiration et respect le repréfoule de vendeurs de contre-révolutions. Dans

sentant de ces anciens Jacques qui, tout en briun coin de cette foule étoit un homme de trente

sant le joug de leurs seigneurs, repoussoient, à trente-quatre ans, qu'on ne regardoit point, sous Charles V, l'invasion étrangère : il me et qui lui-même ne faisoit attention qu'à une gra- sembloit voir un enfant de ces communes du vure de la mort du général Wolf. Frappé de son

temps de Charles VII, lesquelles, avec la petite air, je m'enquis de sa personne. Un de mes voi-noblesse de province, reconquirent pied à pied, sins me répondit : « Ce n'est rien ; c'est un pay- de sillon en sillon, le sol de la France. Il avoit l'air a san vendéen porteur d'une lettre de ses chefs. »

indifférent du Sauvage; son regard étoit grisâtre « Cet homme, qui n'étoit rien, avoit vu mou

et inflexible comme une verge de fer; sa lèvre rir Cathelineau, premier général de la Vendée et inférieure trembloit sur ses dents serrées: ses paysan comme lui ; Bonchamp, en qui revivoit cheveux descendoient de sa tête en serpents enBayard; Lescure, armé d'un cilice non à l'épreuve gourdis , mais prêts à se dresser; ses bras, pende la balle ; d'Elbée, fusillé dans un fauteuil, dant à ses côtés, donnoient une secousse nerveuse ses blessures ne lui permettant pas d'embrasser | à d'énormes poignets tailladés de coups de sabre; la mort debout; la Rochejaquelin dont les paon l'auroit pris pour un scieur de long. Sa phytriotes ordonnèrent de vérifier le cadavre, afin sionomie exprimoit une nature populaire rustide rassurer la Convention au milieu de ses vic

que, mise, par la puissance des mæurs, au sertoires sur l'Europe. Cet homme, qui n'étoit rien, vice d'intérêts et d'idées contraires à cette naavoit assisté aux deux cents prises et reprises de ture; la fidélité naïve du vassal, la simple foi du villes , villages et redoutes, aux sept cents actions ture; la fidélité naïve du vassal , la simple foi du particulières et aux dix-sept batailles rangées ; il plébéienne accoutumée à s'estimer et à se faire avoit combattu trois cent mille hommes de trou- | plébéienne accoutumée à s'estimer et à se faire

justice. Le sentiment de sa liberté paroissoit n'ê. pes réglées, six à sept cent mille réquisitionnaires tre en lui que la conscience de la force de sa main et gardes nationaux ; il avoit aidé à enlever cinq et de l'intrépidité de son cæur. Il ne parloit pas cents pièces de canon et cent cinquante mille fu- plus qu'un lion; il se grattoit comme un lion, sils; il avoit traversé les colonnes infernales, bailloit comme un lion, se mettoit sur le flanc compagnies d'incendiaires commandées par des

comme un lion ennuyé, et révoit apparemment de conventionnels; il s'étoit trouvé au milieu de

sang et de forêts : son intelligence étoit du genre l'océan de feu qui à trois reprises roula ses vagues de celle de la mort. Quels hommes dans tous sur les bois de la Vendée; enfin il avoit vu périr les partis que les François d'alors , et quelle race trois cent mille Hercules de charrue, compa- aujourd'hui nous sommes! Mais les républicains gnons de ses travaux, et se changer en un désert avoient leur principe en eux, au milieu d'eux, de cendres cent lieues carrées d'un pays fertile.

tandis que le principe des royalistes étoit hors « Les deux Frances se rencontrèrent sur ce

de France. Les Vendéens députoient vers les exisol nivelé par elles. Tout ce qui restoit de sang lés; les géants envoyoient demander des chefs et de souvenir dans la France des croisades lutta

aux pygmées. L'agreste messager que je contemplois avoit saisi la révolution à la gorge; il

1 Ves Mémoires.

avoit crié : « Entrez; passez derrière moi; elle suffi pour troubler les peuples de l'ancien monde. « ne vous fera aucun mal, elle ne bougera pas ; Sa seule présence sur le rivage américain de « je la tiens. » Personne ne voulut passer : alors l'Atlantique eùt forcé l'Europe à camper sur le Jacques Bonhomme relâcha la révolution, et rivage opposé. Charrette brisa son épée.

« Quand Napoléon quitta la France une seCROMWEL. BUONAPARTE.

conde fois, on prétendit qu'il auroit dû s'ense

velir sous les ruines de sa dernière bataille. Délivrée des mains rustiques, la révolution Lord Byron, dans son ode satirique contre Natomba dans des mains guerrières : Buonaparte se

poléon, disoit : jeta sur elle, et l'enchaîna. J'ai déjà mesuré la taille de cet homme extra- To die a prince — or live a slave

Thy choice is most ignobly brave. ordinaire à celle de Washington; il reste à dire si Napoléon trouva son pendant en Angleterre, « Mourir prince ou vivre esclave, ton choix est dans le Protecteur.

a ignoblement brave. » Cromwell eut du prêtre, du tyran et du grand « C'étoit mal juger la force de l'espérance dans homme : son génie remplaça pour son pays la li- une âme accoutumée à la domination et brûlante berté. Il avoit trop d'énergie pour parvenir à créer d'avenir. Lord Byron crut que le dictateur des une autre puissance que la sienne; il ruina les rois avoit abdiqué sa renommée avec son glaive, institutions qu'il rencontra ou qu'il voulut don- qu'il alloit s'éteindre oublié : lord Byron auroit ner, comme Michel-Ange brisoit le marbre sous dû savoir que la destinée de Napoléon étoit une son ciseau.

muse, comme toutes les grandes destinées ; cette Transporté sur le théâtre de Napoléon, le vain- muse sut changer un dénoûment avorté dans queur des Irlandois et des Écossois auroit-il été une péripétie qui renouveloit et rajeunissoit son le vainqueur des Autrichiens, des Prussiens et héros. La solitude de l'exil et de la tombe de Nades Russes ? Cromwell n'a pas créé des institu- poléon a répandu sur une mémoire éclatante une tions comme Buonaparte; il n'a pas laissé un code autre sorte de prestige. Alexandre ne mourut et une administration par qui la France et une point sous les yeux de la Grèce; il disparut dans partie de l'Europe sont encore régies. Napoléon les lointains pompeux de Babylone. Buonaparte réagit avec une force outrée, mais il avoit pour n'est point mort sous les yeux de la France; il s'est excuse la nécessité de tuer le désordre : son bras perdu dans les fastueux horizons des zones torvigoureux enfonça trop avant son épée, et il rides. L'homme d'une réalité si puissante s'est perça la liberté qui se trouvoit derrière l'anar- évaporé à la manière d'un songe; sa vie, qui chie.

appartenoit à l'histoire, s'est exhalée dans la poéLes peuples vaincus ont appelé Napoléon un

sie de sa mort. Il dort à jamais, comme un erdeau' : les fléaux de Dieu conservent quelque mite ou comme un paria, sous un saule, chose de l'éternité et de la grandeur dų courroux étroit vallon entouré de rochers escarpés, au dont ils émanent : Ossa arida... dabo vobis spi- bout d'un sentier désert. La grandeur du silence ritum, et vivetis; « Ossements arides, je vous qui le presse égale l'immensité du bruit qui l'en

donnerai mon souffle et vous vivrez. » Ce souffle vironna. Les nations sont absentes; leur foule ou cette force s'est manifesté dans Buonaparte tant s'est retirée. L'oiseau des tropiques, attelé, dit qu'il a vécu. Nė dans une île pour aller mourir magnifiquement Buffon, au char du soleil, se dans une île aux limites de trois continents; jeté précipite de l'astre de la lumière, et se repose au milieu des mers où Camoëns sembla le

seul un moment sur des cendres dont le poids

prophétiser en y plaçant le génie des tempêtes, Buo

a fait pencher le globe. naparte ne se pouvoit remuer sur son rocher que

Buonaparte traversa l'océan pour se rendre nous n'en fussions avertis par une secousse ; un

à son dernier exil; il s'embarrassoit peu de ce pas du nouvel Adamastor à l'autre pôle se fai- beau ciel qui ravit Christophe Colomb, Vasco et soit sentir à celui-ci. Si Napoléon, échappé aux

Camoëns. Couché à la poupe du vaisseau, il ne mains de ses geôliers, se füt retiré aux États- s'apercevoit pas qu'au-dessus de sa tête étinceUnis, ses regards, attachés sur l'Océan, auroient loient des constellations inconnues; leurs rayons

rencontroient pour la première fois ses puissants regards. Que lui faisoient des astres qu'il ne vit

dans un

(C

! Ves Mémoires.

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jamais de ses bivouacs, et qui n'avoient pas bril- chées de l'honneur, soit qu'elles manquent de cet lé sur son empire ! Et néanmoins aucune étoile honneur même nécessaire pour le comprendre, n'a manqué à sa destinée : la moitié du firma- soit qu'elles n'aient de sympathie qu'avec l'humament éclaira son berceau; l'autre étoit réser- nité prise dans le sens général, ce qui, du reste, vée pour illuminer sa tombe. »

justifie toutes les lâchetés. Montrose n'étoit point un personnage de Plutarque, comme l'a dit le car

dinal de Retz;c'étoit un de ces hommes restés d'un LOVELACE.

siècle qui finit dans un siècle qui commence; leurs anciennes vertus sont aussi belles que les

vertus nouvelles, mais elles sont stériles : planMA DÉTENTION A LA PRÉFECTURE DE POLICE.

tées dans un sol épuisé, les mæurs nationales ne God save the king.

les fécondent plus. En revenant à travers ces incidences politi

Le colonel Richard Lovelace, rempli de mille ques à la littérature, reprenant celle-ci au com- séductions, et dont peut-être Richardson emmencement de la restauration de Charles II, sous prunta le nom en souvenir de ses grâces, mourut lequel nous avons vu Milton mourir, une observa- abandonné dans l'obscurité et la misère. tion se présente d'abord.

Sans être jeune et beau comme le colonel LoDans le combat que se livrèrent la royauté et velace , j'ai été comme lui enfermé. Les gouverle peuple, le principe républicain eut Milton pour nements qui depuis 1800 jusqu'à 1830 ont doson poëte, le principe monarchique, Lovelace pour miné la France avoient usé de quelque ménageson barde : tirez de là la conséquence de l'éner- ment envers le serviteur des Muses : Buonaparte, gie relative des deux principes.

que j'avois violemment attaqué dans le Mercure, Enfermé dans Gat-House à Westminster, sur

eut envie de me tuer; il leva l'épée, et de frappa un mandat des communes, Lovelace composa une

pas. élégante et loyale chanson, longtemps redite par

Une généreuse et libérale administration toute les cavaliers.

lettrée, toute composée de poëtes, d'écrivains, « Quand, semblable à la linote, je suis renfermé, de rédacteurs de feuilles publiques, n'a pas fait je chante d'une voix plus perçante la mansué- tant de façons avec un vieux camarade. « tude, la douceur, la majesté et la gloire de mon

« Ma sourricière, un peu plus longue que large, a roi. Quand je proclame de toute ma force étoit haute de 7 à 8 pieds '. La prose et les vers « combien il est bon, combien il est grand , les de mes devanciers barbouilloient les cloisons ta

larges vents qui roulent la mer ne sont pas aussi chées et nues. Un grabat à draps sales remplissoit « libres que moi.

les trois quarts de ma loge; une planche suppor

tée par deux tasseaux, placée à deux pieds au« Des murs de pierre ne font pas une prison, dessus du lit contre le mur, servoit d'armoire au « des barreaux de fer, une cage; un esprit inno- linge, bottes et souliers des détenus. Une chaise, « cent et tranquille compose de tout cela une so

une table et un petit tonneau, meuble infâme, « litude. Si je suis libre en mon amour, si dans composoient le reste de l'ameublement. Une fe« mon âme je suis libre, les anges seuls, qui pren-nêtre grillée s'ouvroit fort haut; j'étois obligé de « nent leur essur dans les cieux, jouissent d'une monter sur la table pour respirer l'air et jouir de « liberté semblable à la mienne. »

la lumière. A travers les barreaux de ma cage à Nobles et généreux sentiments ! pourtant ils voleur, je n'apercevois qu'une cour sombre, n'ont point fait vivre Lovelace, tandis que l'a- étroite, des bâtiments noirs autour desquels trempologiste du meurtre de Charles Ier s’est placé à blotoient des chauve-souris. J'entendois le clicôté d'Homère. D'abord , Lovelace n'avoit pas le quetis des clefs et des chaînes, le bruit des sergénie de Milton; ensuite il appartenoit par sa na- gents de ville et des espions, le pas des soldats, ture à des idées mortes. La fidélité est toujours le mouvement des armes , les cris , les rires , les admirable; mais les récentes générations conçoi-chansons dévergondées des prisonniers mes voivent à peine ce dévouement à un individu, cette sins, les hurlements de Bevoit, condamné à mort vertu resserrée dans les limites d'un système ou

comme meurtrier de sa mère et de son obscène d'un attachement particulier; elles sont peu tou- "Mes Mémoires.

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