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grand et sérieux qui imprimoit le respect et la besoin de preuves) que Louis XIV peut fort bien « crainte dans le public. »

les avoir écrits. En citant quelques morceaux de Et telles sont précisément les qualités que l'on ces Mémoires, nous les ferons mieux connoître trouve et le caractère que l'on sent dans le Recueil aux lecteurs. des pensées de ce prince. Ce Recueil se compose : Le roi, parlant de différentes mesures qu'il prit

1o De Mémoires adressés au grand Dauphin : au commencement de son règne , ajoute : ils commencent en 1661, et finissent en 1665; 2o De Mémoires militaires sur les années 1673

« Il faut que je vous avoue qu'encore que j'eusse aupa.

« ravanl sujet d'être content de ma propre conduite, les et 1678;

éloges que cette nouveauté m'attiroit me donnoient une 3o De Réflexions sur le Mélier de Roi; « continuelle inquiétude, par la crainte que j'avois toujours 4° D'Instructions à Philippe V;

« de ne les pas assez bien mériter. 5° De dix-huit Lettres au même prince, et « Car enfin je suis bien aise de vous avertir, mon fils, d'une lettre de madame de Maintenon.

« que c'est une chose fort délicate que la louange; qu'il est

« bien malaisé de ne pas s'en laisser éblouir, el qu'il faut On connoissoit déjà de Louis XIV un Recueil

« beaucoup de lumières pour savoir discerner au vrai ceux de Lettres, et une traduction des Commentaires qui nous Nattent avec ceux qui nous admirent. de César". On croit que Pélisson ou Racine ? ont Mais, quelque obscures que puissent être en cela les revu les Mémoires que l'on vient de publier;

« intentions de nos courtisans, il y a pourtant un moyen

« assuré pour profiter de tout ce qu'ils disent à notre avanmais il est certain, d'ailleurs, que le fond des

« tage, et ce moyen n'est autre chose que de nous examiner choses est de Louis XIV. On reconnoit partout « sévèrement nous-mêmes sur chacune des louanges que ses principes religieux, moraux, politiques; et « les autres nous donnent. Car, lorsque nous en entendrons les notes ajoutées de sa propre main aux marges

quelqu'une que nous ne méritons pas en effet, nous la des Mémoires ne sont inférieures au texte ni pour

« considérerons aussitôt (suivant l'humeur de ceux qui

« nous l'auront donnée), ou comme un reproche malin de le style ni pour les pensées.

quelque défaut dont nous tâcherons de nous corriger, Et puis c'est un fait attesté par tous les écri

« ou comme une secrète exhortation à la vertu que nous vains, que Louis XIV s'exprimoit avec une no- « ne sentons pas en nous. » blesse particulière. « Il parloit peu et bien, dit « madame de Motteville; ses paroles avoient

On n'a jamais rien dit sur le danger des flata une grande force pour inspirer dans les caurs

teurs de plus délicat et de mieux observé. Un « et l'amour et la crainte, selon qu'elles étoient hommequiconnoissoit si bien la valeur des louana douces ou sévères. »

ges méritoit sans doute d'être beaucoup loué. Ce a Il s'exprimoit toujours noblement et avec passage est surtout remarquable par une certaine précision, » dit Voltaire. Il auroit même ex

ressemblance avec quelques préceptes du Télécellé dans les grâces du langage , s'il avoit voulu maque. Dans ce grand siècle, la vertu et la raien faire une étude. Monschenay raconte qu'il

son donnoient au prince et au sujet un même lisoit un jour l'épître de Boileau sur le passage du langage. Rhin devant mesdames de Thiange et de Mon

Le morceau suivant, écrit tout entier de la tespan : « Il la lut avec des tons si enchanteurs,

main de Louis XIV, n'est pas un des moins beaux « que madame de Montespan lui arracha l'épître des Mémoires : « des mains, en s'écriant qu'il y avoit là quelque

« Ce n'est pas seulement dans les importantes négocia. « chose de surnaturel, et qu'elle n'avoit jamais a tions que les princes doivent prendre garde à ce qu'ils a rien entendu de si bien prononcé. »

disent, c'est même dans les discours les plus familiers el Cette netteté de pensée, cette noblesse d'élo

« les plus ordinaires. C'est une contrainle sans doute fà.

cheuse, mais absolument nécessaire à ceux de notre concution, cette finesse d'une oreille sensible à la

dition, de ne parler de rien à la légère. Il se faut bien belle poésie, forme déjà un préjugé en faveur du garder de penser qu'un souverain , parce qu'il a l'aulostyle des Mémoires , et prouveroient (si l'on avoit « rilé de tout faire, ait aussi la liberté de tout dire; au

contraire, plus il est grand et respecté, plus il doit être 1 Voltaire nie que cette traduction soit de Louis XIV. 2 S'il falloit en juger par le style , je croirois que Pélisson

« circonspect. Les choses qui ne seroient rien dans la boua eu la plus grande part à ce travail. Du moins il me semble

« che d'un particulier deviennent souvent importantes dans qu'on peut quelquefois reconnoitre sa phrase symétrique et « celle d'un prince. La moindre marque de mépris qu'il arrangée avec art. Quoi qu'il en soit, les pensées de Louis XIV, « donne d'un particulier fait au cæur de cet homme une mises en ordre par Racine ou Pélisson, sont un assez beau monument. Rose, marquis de Coye, homme de beaucoup

plaie incurable. Ce qui peut consoler quelqu'un d'une d'esprit, et secrétaire de Louis XIV, pourroit bien aussi avoir

« raillerie piquante ou d'une parole de mépris que quelque revu les Mémoires.

« autre a dite de lui, c'est, ou qu'il se promet de trouver

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a bientôt occasion de rendre la pareille, ou qu'il se pre- , beau génie. On devinera aisément pourquoi l'hisa suade que ce qu'on a dit ne fera pas d'impression sur

torien de Louis XIV avoit omis les premiers ar« l'esprit de ceux qui l'ont entendu. Mais celui de qui le « souverain a parlé sent son mal d'autant plus impatiem ticles des Instructions; les voici : « ment; qu'il n'y voit aucune de ces consolations. Car enfin 1. Ne manquez à aucun de vos devoirs, sura il peut bien dire du mal du prince qui en a dit de lui, tout envers Dieu. « mais il ne sauroit le dire qu'en secret et ne peut pas lui

2. Conservez-vous dans la pureté de votre édu« faire savoir ce qu'il en dit, qui est la seule douceur de la a vengeance. Il ne peut pas non plus se persuader que ce cation. a qui a été dit n'aura pas été approuvé ni écouté, parce 3. Faites honorer Dieu partout où vous aurez

qu'il sait avec quels applaudissements sont reçus tous les du pouvoir; procurez sa gloire; donnez-en l'exeme sentiments de ceux qui ont en main l'autorité. »

ple : c'est un des plus grands biens que les rois

puissent faire. La générosité de ces sentiments est aussi tou

4. Déclarez-vous, en toute occasion, pour la chante qu'admirable. Un monarque qui donnoit vertu contre le vice. de pareils leçons à son fils avoit sans doute un

Saint Louis mourant, étendu sur un lit de cenvéritable cæur de roi , et il étoit digne de comman- dre devant les ruines de Carthage, donna à peu der à un peuple dont le premier bien est l’hon

près les mêmes instructions à son fils : deur.

« Beau fils, la première chose que je t'enseigne La pièce intitulée le Métier de Roi, dans le

« et commande à garder, si est que de tout ton nouveau Recueil, avoit été citée dans le Siècle

« cæur tu aimes Dieu, et te gardes bien de faire de Louis XIV. « Elle dépose à la postérité , dit « chose qui lui desplaise. Si Dieu t'envoye adversité, Voltaire, en faveur de la droiture et de la ma

« reçois-la benignement, et lui en rends grace; gnanimité de son âme. »

« s'il te donne prosperité, si l'en remercie trèsNous sommes fâché que l'éditeur des Mémoi- « humblement : car on ne doit pas guerroyer Dieu res, qui paroit d'ailleurs plein de candeur et de

« des dons qu'il vous fait. Aie le cæur doux et modestie, ait donné à ce morceau le titre de Métier

piteux aux pauvres, ne boute pas sus trop grans de Roi. Louis XIV s'est servi de ce mot dans le « taille ni subsides à ton peuple. Fuis la compacours de ses réflexions; mais il n'est pas vraisem

gnie des mauvais. » blable qu'il l'ait employé comme titre. Il y On aime à voir deux de nos plus grands prinplus : il est probable que ce prince eût corrigé ces, à deux époques si éloignées l'une de l'autre, cette expression, s'il eût prévu que ses écrits se- donner à leurs fils des principes semblables de roient un jour publiés. La royauté n'est point un religion et de justice. Si la langue de Joinville et métier, c'est un caractère; l'oint du Seigneur n'est celle de Racine ne nous avertissoient que quatre point un acteur qui joue un rôle, c'est un magis-cents ans d'intervalle séparent saint Louis de trat qui remplit une fonction : on ne fait point le Louis XIV, on pourroit croire que ces instrucmétier de roi comme on fait celui de charlatan. tions sont du même siècle. Tandis que tout change Louis XIV, dans un moment de dégoût, ne son- dans le monde, il est beau que des âmes royales geant qu'aux fatigues de la royauté, a pu l'appe- gardent incorruptible le dépôt sacré de la vérité Jer un métier, et un métier très-pénible; mais et de la vertu. donnons-nous de garde de prendre ce mot dans un sens absolu. Ce seroit apprendre aux hommes tachantes de ses Mémoires) confesse souvent ses que tout est métier ici-bas, que nous sommes fautes et les offre pour leçons à son fils : tous dans ce monde des espèces d'empiriques « On attaque le cour d'un prince comme une place. Le montés sur des tréteaux pour vendre notre mar- « premier soin est de s'emparer de tous les postes par où chandise aux passants. Une pareille vue de la so- « on y peut approcher. Une femme adroite s'attache d'a. ciété mèneroit à des conséquences funestes.

« bord à éloigoer tout ce qui n'est pas dans ses intérêts;

elle donne du soupçon des uns et du dégoût des autres, Voltaire avoit encore cité les Instructions à Phi

« afin qu'elle seule et ses amis soient favorablement écoulippe V, mais il en avoit retranché les premiers « tés; et si nous ne sommes en garde contre cet usage, il articles. Il est malheureux de rencontrer sans « faut, pour la contenter elle seule, mécontenter tout le cesse cet homme célèbre dans l'histoire littéraire

« reste du monde.

« Dès lors que vous donnez à une femme la liberté de du dernier siècle, et de l'y voir jouer si souvent

« vous parler de choses importantes, il est impossible un rôle peu digne d'un honnête homme et d'un « qu'elle ne vous fasse faillir.

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Louis XIV (et c'est une des choses les plus at

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« La tendresse que nous avons pour elle nous faisant en politique avec une sagacité surprenante; il goûter ses plus mauvaises raisons, nous fait tomber in.

fait parfaitement sentir à propos de Charles II, « sensiblement du côté où elle penche , et la foiblesse qu'elle roi d'Angleterre, le vice de ces États qui sont « a naturellement lui faisant souvent préférer des intérêts « de bagatelles aux plus solides considérations, lui font gouvernés par des corps délibérants; il parle des « presque toujours prendre le mauvais parti.

désordres de l'anarchie comme un privce qui en « Elles sont éloquentes dans leurs expressions, pressantes avoit été témoin dans sa jeunesse; il savoit fort « dans leurs prières, opiniâtres dans leurs sentiments ; et bien ce qui manquoit à la France, ce qu'elle pou« tout cela n'est souvent fondé que sur une aversion « qu'elles auront pour quelqu'un, sur le dessein d'en avan

voit obtenir; quel rang elle devoit occuper parmi « cer un autre, ou sur une promesse qu'elles auront faite les nations : « Étant persuadé, dit-il, que l'in« légèrement. »

« fanterie françoise n'avoit pas été jusqu'à pré

« sent fort bonde, je voulus chercher les moyens Cette page est écrite avec une singulière élé

de la rendre meilleure. » Il ajoute ailleurs : gance; et si la main de Racine paroit quelque part,

« Pourvu qu'un prince ait des sujets, il doit on pourroit peut-être la retrouver ici. Mais l'ose

« avoir des soldats; et quiconque , ayant un État rions-nous dire ? Une telle connoissance des fem

bien peuplé, manque d'avoir de bonnes troumes prouve que le monarque, en se confessant,

« pes, ne se doit plaindre que de sa paresse et de n'étoit peut-être pas bien guéri de sa foiblesse.

« son peu d'application. » On sait en effet que Les anciens disoient de certains prêtres des dieux: c'est Louis XIV qui a créé notre armée, et envia Beaucoup portent le thyrse , et peu sont inspi- ronné la France de cette ceinture de places for« rés. » Il en est ainsi de la passion qui subjuguoit tes qui la rend inexpugnable. On voit enfin qu'il Louis XIV : beaucoup l'affectent, et peu la res- regrettoit les temps où ses sujets étoient maltres sentent; mais aussi, quand elle est réelle, on ne du monde. peut guère se méprendre à l'inspiration de son

« Lorsque le titre d'empereur fut mis dans langage.

« notre maison, dit-il, elle possédoit à la fois la Au reste, Louis XIV avoit appris à connoître

« France, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie, la juste valeur de ces attachements que le plaisir

« et la meilleure partie de l'Espagne, qu'elle forme et détruit. Il vit couler les larmes de ma

« avoit distribuée entre divers particuliers, avec dame de la Vallière, et il lui fallut supporter les

réserve de la souveraineté. Les sanglantes cris et les reproches de madame de Montespan.

« défaites de plusieurs peuples venus du Nord La sæur du fameux comte de Lautrec, abandon

« et du Midi avoient porté si loin la terreur de née de François Jer, ne s'emporta point ainsi en

« nos armes, que toute la terre trembloit au plaintes inutiles. Le roi lui ayant fait redemander

« seul bruit du nom francois et de la grandeur les joyaux chargés de devises qu'il lui avoit don

« impériale. » nés dans les premiers moments de sa tendresse, elle les renvoya fondus, et convertis en lingots. noissoit la France, et qu'il en avoit médité l'his

Ces passages prouvent que Louis XIV con« Portez cela au roy, dit-elle. Puisqu'il lui a plu toire. En portant ses regards encore plus haut, « de me revoquer ce qu'il m'avoit donné si libe

ce prince eût vu que les Gaulois , nos premiers « ralement, je les lui rends et lui renvoie en lina gots d'or. Quant aux devises, je les ai si bien ancêtres, avoient pareillement subjugué la terre,

et que toutes les fois que nous sortons de nos empreintes en ma pensée , et les y tiens si che limites, nous ne faisons que rentrer dans notre « res, que je n'ai pu permettre que personne en

héritage. L'épée de fer d'un Gaulois a seule servi disposast et jouist, et en eust de plaisir que de contre-poids à l'empire du monde. « La nou« moi-mesme'. » Si nous en croyons Voltaire, la mauvaise édu-| «

« velle arriva d'Occident en Orient, dit un histocation de Louis XIV auroit privé ce prince des

rien, qu'une nation hyperboréenne avoit pris

a en Italie une ville grecque appelée Rome. » Le leçons de l'histoire. Ce défaut de connoissance

nom de Gaulois vouloit dire voyageur. A la pren'est point du tout sensible dans les Mémoires.

mière apparition de cette race puissante, les Le roi paroît au contraire avoir eu des idées

Romains déclarèrent qu'elle étoit née pour la assez étendues sur l'histoire moderne, et même

ruine des villes et la destruction du genre husur celle des Grecs et des Romains. Il raisonne

main. 1 BRANTOME.

Partout où il s'est remué quelque chose de

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grand, on retrouve nos ancêtres. Les Gaulois que les Mémoires confirment de tous points. On seuls ne se turent point à la vue d'Alexandre, connoît cette foule de mots où brille la magpadevant qui la terre se taisoit. « Ne craignez-vous nimité de Louis XIV. Le prince de Condé lui * point ma puissance ? » dit à leurs députés le vain- disoit un jour qu’on avoit trouvé une image de queur de l’Asie. « Nous ne craignons qu'une Henri IV attachée à un poteau et traversée d'un

chose, répondirent-ils, c'est que le ciel tombe poignard, avec une inscription odieuse pour le sur notre tête. - César ne put les vaincre qu'en les prince régnant. « Je m'en console, dit le monardivisant, et il mit plus de temps à les dompter que; on n'en a pas fait autant contre les rois faiqu'à soumettre Pompée et le reste du monde. néants. » On prétend que dans les derniers temps

Tous les lieux célèbres dans l'univers ont été de sa vie il trou va sous son couvert, en se metassujettis à nos pères. Non-seulement ils ont pris tant à table, un billet à peu près conçu ainsi :

à Rome, mais ils ont ravagé la Grèce, occupé « Le roi est debout à la place des Victoires, Byzance, campé sur les ruines de Troie , possédé

« cheval à la place Vendome; quand sera-t-il coule royaume de Mithridate, et vaincu au delà du «ché à Saint-Denis ? » Louis prit le billet, et lejeTaurus ces Scythes qui n'avoient été vaincus par tant par dessus sa tête, répondit à haute voix : personne. La valeur des Gaulois décidoit de toute « Quand il plaira à Dieu. » Prêt à rendre le derpart du sort des empires. L'Asie leur payoit nier soupir, il fit appeler les seigneurs de sa cour: tribut; les princes les plus renommés de cette « Messieurs, dit-il, je vous demande pardon des partie de la terre, les Antiochus, les Antigonus,

« mauvais exemples que je vous ai donnés; je courtisoient ces guerriers redoutables ; et les rois « vous faits mes remercîments de l'amitié que tombés du trône se retiroient à l'abri de leur épée.

« vous m'avez toujours marquée. Je vous deIls firent la principale force de l'armée d'Anni- « mande pour mon petit-fils la même fidélité..... bal; dix mille d'entre eux défendirent seuls

« Je sens que je m'attendris, et que je vous attencontre Paul-Émile la couronne d'Alexandre,

dris aussi. Adieu, messieurs, souvenez-vous dans le combat où Persée vit passer l'empire des quelquefois de moi. » Il dit à son médecin qui Grecs sous le joug des Latins. A la bataille d'Ac- pleuroit : «M'avez-vous cru immortel ? » Madame tium, les Gaulois disposèrent encore du sceptre de la Fayette a écrit de ce prince qu'on le troudu monde, puisqu'ils décidèrent la victoire en vera sans doute « un des plus grands rois, et se rangeant sous les drapeaux d'Auguste.

« des plus honnétes hommes de son royaume. » C'est ainsi que le destin des royaumes paroît Cela n'empêche pas qu'à ses funérailles le peuattaché dans chaque siècle au sol de la Gaule ple ne chantât des Te Deum, et n'insultât au comme à une terre fatale, et marquée d'un sceau

cercueil : Numquid cognoscentur mirabilia tua, mystérieux. Tous les peuples semblent avoir oui et justitia tua in terra oblivionis ? successivement cette voix qui annonça l'arrivée

Que nous reste-t-il à ajouter à la louange d'un de Brennus à Rome, et qui disoit à Céditius au prince qui a civilisé l'Europe, et jeté tant d'éclat milieu de la nuit : « Céditius, va dire aux tribuns

sur la France? Rien que ce passage tiré de ses a que les Gaulois seront demain ici, »

Mémoires : Les Mémoires de Louis XIV augmenteront sa

« Vous devez savoir, avant toutes choses, mon fils, que renommée : ils ne dévoilent aucune bassesse,

« nous ne saurions montrer trop de respect pour celui qui

« nous fait respecter de tant de milliers d'hommes. La preils ne révèlent aucun de ces honteux secrets que

« mière partie de la politique est celle qui nous enseigne à le cæur humain cache trop souvent dans ses « le bien servir. La soumission que nous avons pour lui est abîmes. Vu de plus près et dans l'intimité de a la plus belle leçon que nous puissions donner de celle la vie, Louis XIV ne cesse point d'être Louis le

qui nous est due, et nous péchons contre la prudence,

« aussi bien que contre la justice, quand nous manquons Grand; on est charmé qu'un si beau buste n'ait

« de vénération pour celui dont nous ne sommes que les point une tête vide, et que l'âme réponde à la no

lieutenants. blesse des dehors. « C'est un prince, disoit Boi- « Quand nous aurons armé tous nos sujets pour la dé. « leau, qui ne parle jamais sans avoir pensé. Il « fense de sa gloire, quand nous aurons relevé ses autels a construit admirablement tout ce qu'il dit ; ses

« abattus , quand nous aurons fait connoître son nom aux • moindres reparties sentent le souverain; et

« climats les plus reculés de la terre, nous n'aurons fait

« que l'une des parties de notre devoir, et sans doute nous « quand il est dans son domestique, il semble

« n'aurons pas fait celle qu'il désire le plus de nous, si • recevoir la loi plutôt que de la donner, » Eloge « nous ne sommes soumis nous - mêmes au joug de ses

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nom,

« commandements. Les actions de bruit et d'éclat ne sont de chevalerie; et quand il est question de tour« pas toujours celles qui le touchent davantage, et ce qui nois, de défits, de castilles, de pas d'armes, je a se passe dans le secret de notre cæur est souvent ce

me mettrois volontiers comme le seigneur don « qu'il observe avec plus d'attention.

« Il est infiniment jaloux de sa gloire, mais il sait mieux Quichotte à courir les champs pour réparer les « que nous discerner en quoi elle consiste. Il ne nous a torts. Je me rends donc à l'appel de mon adver« peut-être fails si grands qu'afin que nos respects l’honosaire. Cependant je pourrois refuser de faire avec « rassent davantage; et si nous manquons de remplir en

lui le coup de lance, puisqu'il n'a pas déclaré son « cela ses desseins, peut-être qu'il nous laissera tomber

ni haussé la visière de son casque après le a dans la poussière de laquelle il nous a tirés.

« Plusieurs de mes ancetres, qui ont voulu donner à premier assaut; mais comme il a observé religieu« leurs successeurs de pareils enseignements, ont attendu sement les autres lois de la joûte, en évitant avec « pour cela l'extrémité de leur vie; mais je ne suivrai pas soin de frapper à la tête et au cæur, je le tiens a en ce point leur exemple. Je vous en parle dès cette

pour loyal chevalier, et je relève le gant. « heure, mon fils, et vous en parlerai toutes les fois que a j'en trouverai l'occasion. Car, outre que j'estime qu'on Cependant quel est le sujet de notre querelle? « ne peut de trop bonne heure imprimer dans les jeunes Allons-nous nous battre, comme c'est assez l'ua esprits des pensées de cette conséquence, je crois qu'il sage entre les preux, sans trop savoir pourquoi ? « se peut faire que ce qu'ont dit des princes dans un état Je veux bien soutenir que la dame de mon cæur « si pressant ait quelquefois élé attribué à la vue du péril « où ils se trouvoient; au lieu que, vous en parlant main

est incomparablement plus belle que celle de « tenant, je suis assuré que la vigueur de mon âge, la li- mon adversaire; mais si par hasard nous ser: « berté de mon esprit, et l'état florissant de mes affaires, vions tous deux la même dame? C'est en effet « ne vous pourront jamais laisser pour ce discours aucun

notre aventure. Je suis au fond du même avis « soupçon de foiblesse ou de déguisement. »

ou plutôt du même amour que le chevalier béarC'étoit en 1661 que Louis XIV donnoit cette nois, et, comme lui, je déclare atteint de félonie sublime leçon à son fils.

quiconque manque de respect pour les Muses.

Changeons de langage et venons au fait. J'ose dire que le critique qui m'attaque avec tant de goût, de savoir et de politesse, mais peut-être

avec un peu d'humeur, n'a pas bien compris ma LETTRES ET DES GENS DE LETTRES; pensée. RÉPONSE

Quand je ne veux pas que les rois se mêlent

des tracasseries du Parnasse, ai-je donc infiA UN ARTICLE INSÉRE DANS LA GAZETTE DE FRANCE niment tort? Un roi sans doute doit aimer les

lettres, les cultiver même jusqu'à un certain degré, et les protéger dans ses États; mais estil bien nécessaire qu'il fasse des livres ! Le juge

souverain peut-il, sans inconvénients, s'exposer Mai 1806.

à être jugé? Est-il bon qu'un monarque donne, La Défense du Génie du Christianisme 2

comme un homme ordinaire, la mesure de son est jusqu'à présent la seule réponse que j'aie faite à toutes les critiques dont on a bien voulu m'ho esprit et réclame l'indulgence de ses sujets dans

une préface ? Il me semble que les dieux ne doinorer. J'ai le bonheur ou le malheur de rencontrer mon nom assez souvent dans des ouvrages Homère met une barrière de nuages aux portes

vent pas se montrer si clairement aux hommes : polémiques , des pamphlets, des satires. Quand de l'Olympe. la critique est juste, je me corrige; quand le mot est plaisant, je ris; quand il est grossier, je étre pris dans les rangs ordinaires de la sociéte

,

Quant à cette autre phrase, un auteur doil l'oublie. Un nouvel ennemi vient de descendre dans la lice ; c'est un chevalier béarnois. Chose phrase n'implique pas le sens qu'il y trouve

.

j'en demande pardon à mon censeur; mais cette assez singulière, ce chevalier m’accuse de pré- Dans l'endroit où elle est placée, elle se rapjugés gothiques, et de mépris pour les lettres ! J'avoue que je n'entends pas parler de sang-froid porte aux rois , uniquement aux rois. Je ne suis

point assez absurde pour vouloir que les letCet article est de M. de Baure, auteur d'une Histoire du tres soient abandonnées précisément à la partie Béurn , et beau-frère de M. le comte Daru. 3 Voyez le tom. Ili de la présente édition.

' Voyez l'article sur les Mémoires de Louis XIV.

DES

DU 27 AVRIL '.

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