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dans les lettres; mais il en résulta un autre mal. Dans ma jeunesse, j'avois formé le projet de Les auteurs pullulèrent; on devint fameux avec découvrir par terre, au nord de l'Amérique sepun gros dictionnaire ou avec un quatrain dans tentrionale, le passage qui établit la communil'Almanach des Muses; Dorat et Diderot eurent cation entre le détroit de Behring et les mers du leur culte. Les poëtes chantoient le temps des Groënland. M. de Malesherbes, confident de ce cing maitresses, et détruisoient les mæurs; les projet, l'adoptoit avec toute la chaleur de son philosophes bâtissoient l'Encyclopédie, et démo- caractère. Je me souviens encore de nos longues lissoient la France.

dissertations géographiques. Que de choses il Toutefois, des figures respectables se mon- me recommandoit! que de plantes je devois lui troient dans les arrière-plans du tableau. Elles rapporter pour son jardin de Malesherbes ! Je appartenoient presque toutes à l'ancienne magis- n'ai pas eu le bonheur de l'orner, ce jardin, où trature. Quelques-unes de nos familles de robe l'on voyoit retracoient, par la naïveté de leurs mours, ces

Un vieillard tout semblable au vieillard de Virgile, temps où Henri III, venant visiter le président Homme égalant les rois, homme approchant des dieux, de Thou, s'asseyoit, faute de chaise, sur un cof- Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille. fre. M. de Malesherbes conservoit la science, la Mais les beaux cèdres que ce vieillard a planprobité, la bonhomie et la bonne humeur des an- tés, et qui ont grandi comme sa renommée, sont ciens jours. On raconte mille traits de sa distrac- aujourd'hui religieusement cultivés par mon netion et de sa simplicité. Il rioit souvent : son vi

veu, son filleul et son arrière-petit-fils. C'est sage étoit aussi gaique sa conscience étoit sereine. avec un plaisir mêlé d'un juste orgueil que je Au premier abord, on auroit pu le prendre pour trouve ainsi mon nom uni, dans la retraite d'un un homme commun; mais on découvroit bientôt sage, au nom de M. de Malesherbes. Si, comme en lui une haute distinction : la vertu porte écrite ce nom immortel, le mien ne représente pas la sur son front la noblesse de sa race. Ce qui prouve gloire, comme ce même nom, du moins, il raple charme et la supériorité de M. de Malesherbes, pellera la fidélité. c'est qu'il conserva ses amis dans les jours de ses

succès. Or, le plus grand effort de l'amitié n'est
-- pas de partager nos infortunes, c'est de nous PANORAMA DE JÉRUSALEM.

pardonner nos prospérités. Si M. de Malesherbes
ne fit que passer dans les affaires, c'est qu'on ne
parvient point au pouvoir avec une réputation

Avril 1819. faite, ou que du moins on n'y reste pas long. Monsieur Prévost a pris la vue de Jérusalem temps. Il n'y a que la médiocrité ou le mérite du haut du couvent de Saint-Sauveur. On découinconnu qui puissent monter et rester aux pre- vre de ce point la ville entière et le cercle presmières places.

que complet de l'horizon. Cet horizon embrasse, Deux mots échappés à M. de Malesherbes pei- à l'orient et au midi, le chemin de Bethléem, les gent admirablement sa magnanimité. Lorsque montagnes d’Arabie, un coin de la mer Morte et le roi fut conduit à la Convention, M. de Males- la montagne des Oliviers; au nord et à l'ouest, herbes ne lui parloit qu'en l'appelant Sire et Vo les montagnes de Sichem ou de Naplouse, le che. tre Majesté. Treilbard l'entendit, et s'écria fu- min de Damas, et les montagnes de la Judée sur rieux : « Qui vous rend si hardi de prononcer la route de Jaffa. ici ces mots que la Convention a proscrits ? » Tous ces lieux, ainsi que les plus petits dé- « Mon mépris pour vous et pour la vie, » rétails de Jérsualem , sont décrits dans l'Itinéraire, pondit M. de Malesherbes.

et peuvent servir d'explication au Panorama. Le roi demandoit un jour à son vieil ami Qu'il me soit permis seulement de rappeler le tacomment il pouvoit récompenser MM. Desèze bleau de la ville, en priant le lecteur d'observer et Tronchet. « J'ai songé à leur faire un legs, deux choses :

disoit l'infortuné monarque; mais le payeroit- 1° Mon point de vue , pris de la montagne des on? – Il est payé, sire, répondit M. de Ma- Oliviers, est conséquemment tout juste à l'oplesherbes; vous les avez choisis pour défen-posé du point de vue de M. Prévost : dans le Pa.

norama, la montagne des Oliviers est en face;

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* seurs. »

Mai 1819.

dans ma description, c'est Jérusalem qu'on a « verrues et à ses taches. Je ne suis François que devant soi.

« par cette grande cité, grande en peuples, grande 2° Je me trouvois en Judée au mois d'octobre; a en felicité de son assiette, mais surtout grande le soleil étoit ardent, les cieux étoient devenus « et incomparable en varieté et diversité de comd'airain; les montagnes étoient arides , sèches « modités, la gloire de la France et l'un des plus et brûlées. M. Prévost a vu Jérusalem en hiver,

a nobles ornements du monde. Dieu en chasse par un temps pluvieux et sombre; ce qui con- « loin nos divisions ! » vient également à la tristesse du site et des souvenirs. A ces petites différences près, les deux

SUR tableaux ont l'air d'avoir été calqués l'un sur l'autre. Voyez donc la description extraite de

LE VOYAGE AU LEVANT, l'Itinéraire.

DE M. LE COMTE DE FORBIN. Telle est aujourd'hui Jérusalem, et telle la représente le Panorama. Compagnon naturel de tous les voyageurs, m'associant en pensée à leurs

Monsieur le comte de Forbin, dans son Voyage périls et à leurs travaux , j'admire trop les arts, au Levant, réunit le double mérite du peintre et j'aime trop les muses pour ne pas me faire un de-de l'écrivain : l’Ut pictura poesis semble avo:

.: voir de recommander à la France les talents qui été dit pour lui. Nous pouvons affirmer que, des la peuvent honorer. Soyons reconnoissants en- sinés ou écrits, ses tableaux joignent la fidelite vers l'homme courageux qui a immolé à son art à l'élégance. Nous avons vu quelques lieux qu'il sa santé, son repos et sa fortune. Ce n'est encore

n'a point visités, comme Sparte , Rhodes et Care là que le moindre des sacrifices de M. Prévost : thage; mais il a parcouru à son tour des ruites il a eu le malheur de perdre son neveu. Ce jeune qui ont échappé à nos observations, telles que peintre, de la plus belle espérance, vrai martyr celles de Césarée, d’Ascalon et de Thèbes. A cela des arts, est mort à la vue de la Grèce, et son près notre course, quasi la même , a été accomcorps a été abandonné aux flots de cette mer qui plie dans le même espace de temps. Plus heureux baigne la patrie d’Apelles. Ainsi toutes les pei- que nous seulement, M. le comte de Forbin avoit nes sont pour les voyageurs, tous les plaisirs pour

un pinceau pour peindre, et nous, nous n'avions nous qui profitons du voyage : nous allons au qu'un crayon : un roi légitime lui a donné de bout de la terre sans quitter notre patrie. Après grands vaisseaux pour le transporter en haute tout, c'est toujours là qu'il en faut revenir; et, mer; et nous, nous possédions à peine la petite quand on a vu toutes les villes du monde, on barque d'Horace pour raser la terre, biremis trouve encore que celles de son pays sont les præsidio scaphæ. Nous sommes forcé d'envier plus belles : c'étoit l'opinion de Montaigne. au voyageur jusqu'au château dont il s'est défait

« Je responds , dit-il, ordinairement à ceux pour subvenir aux frais de la route : quant à qui me demandent raison de mes voyages : Je nous, on avoit eu soin de ne nous laisser à ven« sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que | dre que nos coquilles de pèlerin.

je cherche. Si on me dit que, parmy les estran- M. le comte de Forbin s'embarqua à Toulon « gers, il y peut avoir aussi peu de santé, et que le 22 août 1817, sur la division navale composee « leurs mæurs ne sont pas mieux nettes que les de la frégate la Cléopâtre, de la corvette l'Es• nostres , je responds que c'est tousjours gain de pérance, des gabares la Surveillante et l'Active.

changer un mauvais estat à un estat incertain, Il avoit pour compagnons de voyage : M. l'abbe « et que les maux d'autruy ne nous doivent pas de Janson, missionnaire; M. Huyot , architecte;

poindre comme les nostres. Je ne veux pas ou- M. Prévost, auteur de beaux panoramas; et l'in« blier cecy : que je ne me mutine jamais tant fortuné M. Cochereau, peintre, et neveu de M. « contre la France que je ne regarde Paris de Prévost. La flotte se trouva le jour de la Saint« bon œil : elle a mon cæur dès mon enfance, et Louis à la vue de la côte de Tunis. « M. l'abbe « m'en est advenu comme des choses excellentes. de Janson célébra la messe sur le gaillard d'ar« Plus j'ay veu depuis d'autres villes belles, plus « rière. Vingt et un coups de canon et des cris de a la beauté de cette cy peut et gaigne sur mon « vive le Roi! saluèrent le rivage où saint Louis a affection. Je l'ayme tendrement, jusques à ses rendit à Dieu sa grande âme. Ce noble soute:

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nous

nir frappa tout l'équipage. Quel rapprochement, notre attachement à la famille des Bourbons; il en effet ; quel spectacle que celui de ce désert se figuroit que nous devions être tout-puissant a qui fut jadis témoin du deuil des lis, et qui con- sous le roi. Nous nous sommes bien donné de serve aujourd'hui les ruines de Carthage'! » garde de solliciter la faveur qu'il demandoit

Otez la religion de ce beau tableau , que restera- auprès des ministres de Sa Majesté : nous aut-il? Quelques ruines muettes, et la poussière rions craint de faire destituer le pauvre viced'un roi.

consul, pour nous avoir jadis reçu, par la voLe 30 août, près la côte de Cérigo, mourut lonté des dieux, dans la maison de Simonide. le jeune Cochereau, qui avoit entrepris le voyage M. le comte de Forbin nous apprend encore, plein de joie et d'ardeur. Dans les projets de au sujet d'Athènes, que le docteur Avramiotti ja vie on oublie trop facilement cet accident de a écrit en grec une brochure contre nous. Estla mort, qui abrége tous les projets. C'est pour- ce qu'il y a des ministériels à Athènes? Sils sont quoi les hommes ont raisonnablement fixé la pour Péricles, nous passons de leur côté; mais patrie au lieu de la naissance, et non pas à celui s'ils sont pour Hyperbolus ou pour Critias, de la mort, toujours incertain :

restons dans l'opposition. Nous ignorons ce que Lyrnessi domus alta, solo Laurente sepulcrum.

nous avons fait au docteur Avramiotti : nous le

citons dans l’Itinéraire avec toute sorte de consiLes voyageurs débarquent à Milo, où M. Huyot dération. Se seroit-il fâché parce que nous avons eut le malheur de se casser la jambe. M. le comte dit qu'il sembloit un peu fatigué de notre visite ? de Forbin, demeuré seul avec M. Prévost, se cela pourtant étoit tout simple: nous devions être hâte d'aller visiter Athènes.

très-ennuyeux. Nous sommes donc aujourd'hui la Il faut lire la description d'Athènes dans le fable et la risée d'Argos? Nous tâcherons de nous Voyage. M. le comte de Forbin peint avec une en consoler, en songeant que depuis le temps expression heureuse ces ouvrages de Périclès, de Clytemnestre on a tenu bien de mauvais proque nous avons nous-même tant admirés. « Cha

pos dans cette ville. « cun d'iceux, dit Plutarque, dès lors qu'il fut Le voyageur se rembarque, et poursuit sa

parfait, sentoit déjà son antique, quant à la course vers le Bosphore. Il voit en passant le cap • beauté; et neanmoins, quant à la grâce et vi- Sunium, où nous nous arrêtâmes, prêt à quitter ' gueur, il semble jusques aujourd'hui qu'il vien- la Grèce. Arrivé à Constantinople, il se rend + ne tout fraischement d'estre fait et parfait, tant

chez l'ambassadeur de France. « Les nobles quailya ne sais quoi de florissante nouveauté, qui « lités de M. de Rivière m'étoient connues, dit« empesche que l'injure du temps u'en empire la il; mais je découvris en lui chaque jour de plus « vue, comme si chacun desdits ouvrages avoit a hautes vertus sous les formes les plus franches « au dedans un esprit toujours rajeunissant, et « et les plus aimables. » Nous n'eûmes point le « une ame non jamais vieillissante, qui les entre- bonheur de rencontrer M. de Rivière à Constan« tinst en cette vigueur. »

tinople; mais nous y fûmes reçu par M. le généLe voyageur rencontra à Athènes notre ancien

ral Sebastiani avec une hospitalité que nous nous hôte, M. Fauvel, si digne de faire les honneurs sommes plu à reconnoître, et que le changement de la Grèce. Nous voyons aussi que l'archevêque des temps ne peut ni ne doit nous faire oublier. d'Athènes alloit marier son neveu à la sæur Nous avons beaucoup de descriptions de Consde l'agent de France de Zéa. Cet agent est ap- tantinople : il y en a peu qu'on puisse comparer, paremment le fils de ce pauvre M. Pengali qui se pour l'originalité et la parfaite ressemblance, à mouroit de la pierre lorsque nous passâmes dans celle que l'on trouve dans le Nouveau Voyage son ile, et qui n'en marioit pas moins une des du Levant; nous ne pouvons résister au plaisir quatre demoiselles Pengali, lesquelles chantoient de la transcrire : en grec: Ah! vous dirai-je , maman, pour nous

« J'ai vu dans cette ville singulière, dit le adoucir les regrets de la patrie. Le fils de M. « voyageur, des palais d'une admirable élégance, Pengali nous a écrit depuis la restauration ; il « des fontaines enchantées, des rues sales et nous avoit connu persécuté par Buonaparte pour

étroites, des baraques hideuses et des arbres

superbes. J'ai visité Sandalbezestan, Culchi1 Voyage dans le Levant, pag. 5. a Ibidem, pag. 6.

* larbezestan, où se vendent les fourrures. Par

(C

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« tout le Turc me coudoyoit, le Juif se prosternoit sangliers ! La porte de la Persécution est un « devant moi, le Grec me sourioit, l'Arménien « monument en marbre, construit des arrache« vouloit me tromper, les chiens me poursuivoient, « ments et des restes d'édifices postérieurs ; elle « et les tourterelles venoient avec confiance se po- « me rappela les monuments romains. . . a ser sur mon épaule; partout enfin on dansoit

. . Le dernier tremblement de terre « et on mouroit autour de nous. J'ai entrevu les a a renversé cette porte , qui étoit si bien conser« mosquées les plus célèbres , leurs parvis, leurs « Vée lorsque je la dessinai. On marche pendant

portiques de marbre soutenus par des forêts de « un quart de lieue sur un terrain couvert d'un « colonnes, et rafraîchis par des eaux jaillissantes. épouvantable chaos de pierres et de marbres « Quelques monuments mystérieux, restes de la « amoncelés ,empilés : frises, frontons, architra« ville de Constantin, noircis, rougis par les in- « ves, métopes, statues, tout ce qui charmoit au« cendies, sont cachés dans des maisons peintes, « trefois les yeux par sa régularité et sa perfection, « bariolées et souvent à demi brûlées. Les figures « les effraye aujourd'hui par la confusion de ses « les costumes , les usages, offrent partout le spec- « débris. « tacle le plus pittoresque, le plus varié. C'est Tyr, « Je suivis un aqueduc qui réunit dans les mon« c'est Bagdad, c'est le grand marché de l'O- a tagnes les eaux des sources les plus abondantes : « rient'. »

« il les amène encore, mais personne ne va s'y De Constantinople, M. le comte de Forbin des- « désaltérer. Cette rivière, portée sur des murs cend à Smyrne, où il retrouve M. Huyot chez les « élevés, rencontre enfin une brèche chargée de pères de la Mission, « à qui, dit le voyageur,

vignes sauvages : elle tombe alors en cascade, « cet artiste doit incontestablement la vie. » On « et sa nappe limpide se brise sur le dôme des ruines passe de Smyrne aux ruines d'Éphèse, dont la a et des bains turcs. descriplion est un des plus beaux morceaux du

« Les siècles les plus reculés et les âges de barVoyage.

barie ont écrit leurs annales dans ce lieu des a Je parvins, dit M. de Forbin, avec assez de regrets, des hautes réflexions, où tout parle difficulté, par une journée brûlante, jusqu'à

« si noblement de la mort. « la vaste enceinte du temple de Diane. L'ensem« ble paroît être de la grandeur du Louvre et des L'aspect général d'Éphèse me rappeloit celui « Tuileries, en y comprenant le jardin.

« des marais Pontins. A l'heure où le soleil des. a.. A la vue de ces constructions gigan- a cendoit dans la mer , l'harmonie des lignes,

, la « tesques, il est aisé de concevoir les dépenses « vapeur chaude des lointains, le voile de cette

qu'elles coûtèrent à tous les peuples de la Grèce « heure mystérieuse, formoient un ensemble tou« et de l'Asie. On rencontre, derrière le temple

chant et mélancolique, supérieur aux plus beaux « de Diane, un monument circulaire orné de co- « paysages de Claude Lorrain. Peut-être un jour,

lonnes; un autre , de forme carrée, et au milieu « me disois-je, un homme des Florides viendra« un emplacement dont le pavé étoit de marbre. a t-il visiter ainsi les ruines de ma patrie , et, com« Un édifice assis sur des souterrains est entière- « me dans Éphèse , quelques noms seuls demeua ment tombé. Ces ruines composent un grand « reront debout au milieu de la poussière des mar« monticule entouré de plusieurs autres, tous for- a bres et de la cendre du cèdre et de l'airain. Je « més des débris portant la merveilleuse empreinte « me rappellerai longtemps l'impression douce « du goût exquis des Grecs à l'époque brillante « et triste de cette soirée : les échos , cachés dans a de leur puissance , de leurs succès dans tous les « des conduits profonds, répétoient alors les moin« genres.

a dres bruits; le frémissement du vent dans les « Quel sujet d'émotions plus profondes que celui bruyères ressembloit à des clameurs souterraia de cette grande destruction ! Quelle terrible et « nes; l'imagination croyoit entendre les derniers a singulière leçon que cette promenade d'une lieue a sons de l'hymme des prêtres de Diane , ou les « où l'on marche sans cesse sur des décombres, « chants des premiers chrétiens autour de l'apôtre « où des matériaux d'une admirable richesse cou- d'Éphèse'. » a vrent des plaines, des montagnes, des vallées, D'Ephèse on arrive à Saint-Jean d'Acre; on « n'offrant d'asile qu'aux loups et à de nombreux suit le voyageur à Césarée, à Jaffa , à Jérusalem,

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i l'oyage dans le Levant, pag. ii.

· Voyage dans le Levant, pag. 60 et suiv.

à la mer Morte, au Jourdain ; on revient avec lui toire d'Ismaïl et de Maryam. Parmi les dessins il à Jaffa; on l'accompagne avec le plus vif intérêt faut remarquer celui de la mosquée d'El-Haram, à Ascalon , et dans le désert qu'il traverse pour et une vue de Jérusalem prise de la vallée de Jose rendre à Damiette; on remonte le Nil avec lui saphat. En véritable peintre, M. le comte de Forjusqu'au Caire, de là jusqu'à Thèbes, où se ter- bin a saisi le moment d'un orage, et c'est à la lueur mine sa course comme arrêtée par des monceaux de la foudre qu'il nous montre la cité des miracles. de ruines. L'Égypte ressemble à ses colosses : Il nous pardonnera de rappeler quelques lignes renversée dans le sable, l'ail du voyageur, qui de l'Itinéraire, qui nous serviront à décrire son

n'auroit pu l'embrasser tandis qu'elle étoit debout, tableau : « L'aspect de la vallée de Josaphat est 1

en mesure avec étonnement les proportions gi- « désolé : le côté occidental est une falaise de

gantesques et les énormes débris. On remarque « craie qui soutient les murs gothiques de la ville, ! un contraste singulier dans les monuments égyp- « au-dessus desquels on aperçoit Jérusalem : le

tiens : immenses en dehors, en dedans leurs di- « côté oriental est formé par la montagne des mensions sont resserrées. Dans ce vaste tombeau a Oliviers et par la montagne du Scandale. . . qui semble écraser la terre, dans cette haute py

. . Les pierres du cimeramide qu'on aperçoit à quinze lieues de distance, « tière des Juifs se montrent comme un amas de on ne peut entrer qu'en se courbant. Tandis que « débris au pied de la montagne. sa masse indestructible annonce extérieurement « A la tristesse de Jérusalem, dont il ne s'é

la grandeur et l'immortalité du génie, sa capa- « lève aucune fumée, dont il ne sort aucun bruit; · cité intérieure offre à peine la 'place d'un petit « à la solitude des montagnes , où l'on n'aperçoit

cercueil: ainsi ce tombeau semble faire le partage « pas un être vivant; au désordre de toutes ces exact des deux natures de l'homme.

« tombes fracassées, brisées , demi-ouvertes, on C'est avec un charme particulier qu'en parcou- diroit que la trompette du jugement s'est déjà rant les tableaux de M. le comte de Forbin nous a fait entendre , et que les morts vont se lever dans reconnoissons dans ses personnages nos anciens « la vallée de Josaphat. hôtes, ces vertueux Pères de Terre-Sainte, encore

On ne sauroit trop louer le voyageur d'avoir plus malheureux aujourd'hui qu'ils ne l'étoient porté dans la Terre-Sainte des sentiments graves : lorsqu'ils nous reçurent dans toute la charité avec un esprit de doute et de moquerie il n'auévangélique. Nous avons revu, non sans atten- roit rien vu, et il auroit tout défiguré. Nous addrissement, le nom du père Clément Perez et ce mirons le grand Voyage d'Égypte; nous rendons lui du bon père Munoz au cour limpide e bianco : hommage aux gens de lettres et aux artistes qui nous nous sommes réjoui en apprenant que M.

l'ont exécuté; mais nous souffrons quand nous Drovetti occupe une place auprès du pacha d’É- voyons commenter les livres de Moïse avec une 1 gypte; mais puisqu'il devoit adopter une patrie assurance qui fait de la peine, pour peu qu'on ? étrangère, nous aurions mieux aimé que celle ait quelque connoissance des langues originales.

qu'ila si honorablement servie l'eût reconnu pour Expliquer la colonne de nuée et de feu qui conson enfant. Homère étoit bien heureux. Lui don- duisoit les Hébreux dans le désert, par un noit-on l'hospitalité, il mettoit le nom de son hôte chaud cylindrique dans lequel on entretient un dans ses ou vrages, et voilà son hôte immortel : feu vif et brillant, en y brúlant des morceaux nous autres obscurs voyageurs nous ne pouvons très-secs de sapin, n'est-ce pas une imagination payer les soins qu'on a pris de nous que par une un peu trop philosophique? L'auteur a-t-il trouvé stérile reconnoissance.

l'histoire de ce réchaud dans quelque antique maNous sommes obligés d'abréger les citations nuscrit arraché au tombeau d'Osymandué? Non: de l'ouvrage de M. le comte de Forbin , parce qu'il il s'appuie de l'autorité du xxiv numéro d'un faudroit trop citer; mais nous recommandons journal intitulé le Courrier de l'Égypte, imprimé particulièrement aux lecteurs les descriptions au Caire, où Buonaparte avoit établi la liberté de d'Ascalon et de Césarée, de ces deux villes encore la presse pour les Arabes. On nous permettra de debout, mais sans habitants, telles que le pro- nous en tenir à la version du Pentateuque. Le phète nous représente Jérusalem assise dans la texte ne dit point du tout un réchaud, mais une solitude, ou le port de Tyr battu par une mer sans nuée; nous ne voulons pas citer de l'hébreu. Les vaisseaux. On verra avec plaisir la touchante his- Septante et la Vulgate traduisent exactement.

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