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Octobre 1819.

avance

Heureusement il s'en faut beaucoup que tous | François, et il doit quelques-unes de ses plus belles Mémoires du magnifique Voyage d'Égypte les pages aux inspirations puisées dans l'amour soient écrits dans le même esprit, témoin ce pas- de son pays. Le poëte de Smyrne promet des sacsage où M. Rozière, ingénieur en chef au corps cès à ceux qui combattoient tepi tácpns, pour la royal des mines, parle de l'expédition de saint patrie. Louis. « Alors, dit-il, la religion sincère, la foi « chrétienne touchante et sublime dans les gran« des âmes, la brillante chevalerie ignorante et

DE QUELQUES OUVRAGES « naïve, craignant le blåme plus que la mort, plei

HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES. « nes de nobles sentiments et d'illusions magna« nimes, guidoient loin de leur pays les enfants « de la France. » Voilà qui est beau, très-beau. Quand on aspire à l'immortalité, c'est une grande L'excellent ouvrage de critique de M. Dusque d'être chrétien.

sault (Annales littéraires) nous fournit l'année L'ouvrage de M. le comte de Forbin achèvera dernière l'occasion de rappeler une partie de la de prouver qu'on peut faire aujourd'hui promp- gloire de la France, trop oubliée de nos jours. tement et facilement ce qui demandoit autrefois Du milieu des agitations politiques, nous allons beaucoup de temps et de fatigues. Un voyageur encore cette année jeter un regard sur le paisible qui noliseroit un vaisseau à Marseille, et qui par- monde des Muses, que nous regrettons de ne plus tiroit par les grands vents de l'équinoxe du prin- habiter. Cependant, pour goûter le repos des lettemps, pourroit jeter l’ancre à Jaffa le vingtième tres, deux choses sont nécessaires : se compter jour après son départ, et peut-être même plus tôt; pour rien et les autres pour tout, être sans pré le vingt et unième il seroit à Jérusalem ; mettons tention et sans envie. Alors on jouit de son prohuit jours pour voir les lieux saints, le Jourdain pre travail comme d'une occupation qui remplit et la mer Morte, six semaines ou deux mois pour la vie sans la troubler : l'admiration que le retour, ce voyageur seroit donc revenu dans sa pas pour soi, on la garde entière pour les autres; famille avant qu'on eût eu le temps de s'apercevoir on s'enchante d'un beau livre dont on n'est pas de son absence. Qui n'a trois mois à sa disposition? l'auteur; on a le plaisir du succès sans en avoir Il ne seroit pas plus long de se rendre chaque eu la peine. Y a-t-il une jouissance plus pure que année à Athènes, à Thèbes, à Jérusalem, que d'environner les talents des hommages qu'ils med'aller passer l'été de châteaux en châteaux aux ritent, que de les signaler, de les faire sortir de environs de Paris : on se délasseroit des jardins la foule, et de forcer l'opinion publique à leur anglois dans le potager d'Alcinoüs.

rendre la justice qu'elle leur refuse peut-être?

l'on n'a

Les François peuvent tirer un autre profit de Examinons quelques-uns des ouvrages nou

leurs voyages; ils peuvent se convaincre , en par- vellement publiés, et que l'amour des lettres nous courant le monde, qu'il n'y a rien de plus beau console un moment des haines politiques. et de plus illustre que leur patrie. Ils ne sauroient Les premières annales des peuples ont été faire un pas dans l'Orient sans retrouver partout écrites en vers. Les Muses se chargent de raconter les immortels souvenirs de leur depuis ces les mæurs des nations, tant que ces meurs sont chevaliers qui régnèrent à Constantinople, à Spar-héroïques et innocentes; mais lorsque les vices et te, à Antioche, à Ptolemaïs, qui combattirent à la politique surviennent, ces filles du ciel aban. Ascalon et à Carthage , jusqu'à ces quarante mille donnent le récit de nos erreurs au langage des voyageurs armés qui vainquirent aux Pyramides, hommes. Les ouvrages historiques se multiplient et battirent des mains aux ruines de Thèbes. Cette de nos jours, et force nous est de les produire, armée, dont l'Arabe du désert raconte encore les car l'histoire se plaît dans les révolutions : il lui hauts faits, vengea les chevaliers de la Massoure; faut des malheurs pour juger sainement les cho mais elle ne releva point à Jérusalem les deux ses; quand les empires sont debout, sa vue ne sentinelles francoises qui gardent si fidèlement peut atteindre leur hauteur ; elle n'apprécie l'étenle Saint-Sépulcre : Godefroy de Bouillon et Bau- due du monument que lorsqu'elle en peut mesudouin son frère.

race,

rer les ruines. M. le comte de Forbin se montre partout bon L'Histoire du Béarn mérite de fixer l'atten

tion des lecteurs; elle renferme dans un excellent et les Camille ; le fléau de Dieu reculant devant le volume tout ce que Froissard, Clément, de Marca, prêtre de Dieu, n'est point un tableau qui déroge Auger-Gaillard, Chapuis, de Vic et dom Vaissette à la dignité de l'histoire. Ce sont là les mours; il nous ont appris sur les devanciers et sur la patrie les faut peindre : et, si vous ne les peignez pas, de Henri IV. Ce petit modèle de goût et de clarté vous êtes infidèle. Toute l'antiquité a publié qu'une n'a pas la majesté historique, mais il a tout le puissance surnaturelle dispersa les Gaulois aux charme des Mémoires : c'est un ouvrage posthume portes du temple de Delphes. Thucydide, Xénode M. de Baure. L'historien dont les travaux sont phon , Tite-Live, Tacite, n'ont jamais manqué destinés à ne paroître qu'après sa mort doit ins- de raconter les prodiges que les dieux font pour pirer de la confiance. Quel intérêt auroit-il à se la vertu, ou dont ils épouvantent le crime : l'hisporter en faux témoin au tribunal de la postérité? toire a cru, comme la conscience de Néron, qu'un Voué en secret à l'histoire comme à un sacerdoce bruit de trompettes sortoit du tombeau d'Agripredoutable, il n'attend de son vivant aucune ré- pine. compense. Retranché, pour ainsi dire, derrière Nous hasardons ces réflexions plutôt comme des sa tombe, il s'y défend contre les passions des doutes que comme des critiques. Nous cherchons hommes, et déjà semble habiter ces régions in- à nous éclairer; nous ne saurions mieux ' nous corruptibles où tout est vérité en présence de adresser, pour obtenir les lumières qui nous manl'éternelle Vérité.

quent, qu'à l'auteur dont l'ouvrage nous occupe L'ouvrage solide et important connu sous le dans ce moment. Quelques autres observations nom d'Histoire de Venise fait grand honneur au

nous resteroient à faire ; nous les supprimons, beau-frère de M. de Baure. En voyant les monu- dans la crainte d'être soupçonné par M. le comte ments et les meurs de l'Italie, on est tenté de Daru de n'avoir point oublié l'Examen du croire que des peuples dont le passé est si sérieux, nie du Christianisme. Nous ne nous en souveet le présent si riant, ont été formés par la philo-nons néanmoins que pour remercier l'aristarque sophie d'Horace. D'une part silence et ruines, de de la justesse de ses critiques et de l'indulgence l'autre chants et fêtes. Cela ne rappelle-t-il pas de ses éloges. ces passages du poëte de Tibur : « Hâtons-nous Plus heureux ou plus malheureux que M. Daru, de jouir.... Le temps fuit.... Il faudra quitter cette M. Royou a consacré ses études à sa patrie. Quand terre.... » Carpe diem...... Fugaces labuntur il raconte l'honneur, la fidélité, le dévouement anni.... Linquenda tellus.... et toutes ces maxi- de nos aïeux pour leurs souverains légitimes, on mes qui cherchent à donner au plaisir la gravité voit qu'il a trouvé dans son cæur les antiques de la vertu?

documents de son histoire'. Cette loyauté de l'auL'Histoire de Venise n'est peut-être pas sans teur répand un grand intérêt sur l'ouvrage, et il quelques défauts, mais ces défauts tiennent plus tire de son amour pour nos rois l'énergie que Taà l'esprit du siècle qu'au bon esprit de l'auteur. cite puisoit sa dans halne pour les tyrans. Au On s'imagine aujourd'hui que l'impartialité his- reste, s'il fut jamais moment propre à écrire torique consiste dans l'absence de toute doctrine, notre histoire, c'est celui où nous vivons. Placés que l'historien doit rester impassible entre le vice entre deux empires, dont l'un finit et dont l'auet la vertu, le juste et l'injuste, la raison et l'er. tre commence, nous pouvons, avec un fruit égal, reur, le droit et le fait : c'est remonter à l'enfance porter nos yeux dans le passé et dans l'avenir. de l'art, et réduire l'histoire à une table chrono. Il reste encore assez de monuments de la monarlogique.

chie qui tombe pour la bien connoître, tandis que L'esprit moderne croit encore que certains les monuments de la monarchie qui s'élève nous faits religieux sont au-dessous de la dignité de offrent, au milieu des ruines, le spectacle d'un l'histoire : et pourtant l'histoire, sans religion, nouvel univers. Plus tard, les traditions seront ne peut avoir aucune dignité. Il ne s'agit pas de effacées; un peuple récent foulera , sans les consavoir si réellement Attila fut éloigné de Rome nostre, les tombes des vieux François ; les témoins par l'intervention divine, mais si les chroniques des anciennes mæurs auront disparu, et les dédu temps ont attesté le miracle. Le bras du Tout. bris même de l'empire de saint Louis, emportés Puissant arrêtant le ravageur du monde au pied

Histoire de France, depuis Pharamond jusqu'à la vingt de ce Capitole que ne défendent plus les Manlius I cinquième année du règne de Louis XV III.

par les flots du temps, ne serviront plus à mar- toriques. Ces poëmes sont, il est vrai, difficiles quer le lieu du naufrage.

à dévorer; mais on y trouve bien des choses et M. Petitot s'est chargé de recueillir une partie ils servent à éclairer des points obscurs de notre de ces débris précieux. Il veut nous donner la histoire. Par exemple sans un poëme sur le comcollection complète des Mémoires relatifs à l'His- | bát des Trente, conservé à la Bibliothèque du toire de France, depuis le siècle de Philippe-Au-Roi, nous ignorerions si les champions de ce guste jusqu'au commencement du dix-septième fameux combat étoient tous à cheval, ou si les siècle. Cette collection avoit déjà été entreprise. chevaliers bretons ne durent la victoire qu'à l'aCommencée sur un mauvais plan, conduite avec vantage qu’obtint Montauban, en combattant peu de savoir, de critique et de soin, elle est en seul monté sur un coursier. Cela n'étoit guère tout très-inférieure à celle que M. Petitot publie probable : quand il s'agit d'honneur, on peut s'en aujourd'hui. Les deux derniers volumes de cette fieraux Bretons. Mais enfin le fait étoit resté sans première collection parurent sous le règne de preuve. Un vers du poëme lève toutes les diffiBuonaparte, et sont dédiés au prince Murat.

cultés :

Et d'un côté et d'autre tous à chetal seront'. Toutefois, il eût été désirable que le nouvel éditeur eût travaillé sur un plan plus vaste. La Bretagne vient d'ériger un monument å Pourquoi ne se seroit-il pas attaché à continuer , | la mémoire de ses Trente Héros. On peut toujours avec les autres savants qui s'en occupent, le Re- dire des Bretons modernes combattant pour leur cueil des Historiens de dom Bouquet ? Les Mé- roi ce qu'on disoit de leurs ancêtres : On n'a pas moires, et surtout les très-anciens Mémoires, fait plus vaillamment depuis le combat des ne s'éloignent guère des histoires générales du Trente. même temps. Nous avouons que nous sentons peu M. Petitot auroit été plus capable qu'un autre la différence qui existe entre les Chroniques de d'enrichir un grand travail de savantes préfaces Saint-Denys, celles de Flandre et de Normandie, à la manière des Baluze et des Bignon sur les entre les Chroniques de Froissard et de Mons- lois des Francs et sur les capitulaires; des Pitrelet, et les Mémoires de Villehardouin et de thou, des Duchesne, des dom Bouquet, des VaJoinville. Il nous semble donc qu'au lieu de faire lois, des Mabillon sur nos historiens; des deux classes des Histoires et des Mémoires, on Laurière, des Secousse, des Vilevaut, des Bredevroit les réunir; c'est même le plan que l'on a quigny et des Pastoret sur les ordonnances de suivi jusqu'ici pour les trois races dans le grand nos rois. Recueil de dom Bouquet. En effet, l'Histoire de Les nouveaux volumes publiés par M. Petitot Grégoire de Tours n'est pas autre chose que des achèvent l'histoire de du Guesclin, et contienMémoires, puisqu'on y trouve mêlées les propres nent les charmants Mémoires de Boucicaut. Chris. aventures de l'auteur et une foule d'anecdotes tine de Pisan , qui avoit précédé ces derniers étrangères à l'histoire générale. Les Gestes de Da- Mémoires, est à la fois sèche et diffuse. L'éditeur gobert, la Vie de Charlemagne par Eginhard, a préféré les Anciens Mémoires de du Guescelle de Louis le Débonnaire par l'anonyme dit clin, écrits par le Febvre, à tous les autres. Il l'Astronome, la Vie de Robert par Helgaud, de a peut-être eu raison, en ce sens qu'ils sont les Conrad II par Vippon, de Philippe-Auguste par plus complets; mais ils sont pour ainsi dire moRiggord , sont autant de Mémoires particuliers. dernes, et ils n'ont pas la naïveté de l'Histoire A commencer à l'époque des Mémoires francois, de messire Bertrand du Guesclin , escrite en c'est-à-dire à l'époque où Villehardouin écrivoit, prose à la requeste de Jean d'Estourville, et on auroit pu donner tour à tour un volume des mise en lumière par Claude Mesnard. C'est là chroniqueurs latins, des Mémoires françois en qu'on voit, dit Mesnard, une áme forte, nourrie prose, des Vies ou Chroniques en carmes ou vers. dans le fer, et pétrie sous des palmes. C'eût été encore rentrer dans le plan de dom Cette histoire de du Guesclin nous fait souBouquet. Son Recueil contient des extraits des venir qu'en bon Breton nous avons plusieurs fois grandes et petites Chroniques de Saint-Denys, été tenté d'écrire la vie du bon connétable. Notre des fragments des Chroniques de Normandie, des vers en latin du moyen âge et en vieil allemand, Nous possédons une copie de ce poême. M. de Penhovel tout aussi barbares que nos poëmes françois his-Bretagne.

doit l'avoir publié dans un ouvrage sur les antiquités de la

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dessein de travailler sur l'Histoire générale de où l'auteur de Corinne sera jugé avec impartiaFrance nous a fait abandonner cette idée. Ensuite lité n'est pas encore venu. Pour nous, que le tal'histoire vivante est venue nous arracher à l'his- lent séduit, et qui ne faisons point la guerre aux toire morte. Comment s'occuper du passé quand tombeaux, nous nous plaisons à reconnoître dans on n'a pas de présent?

madame de Staël une femme d'un esprit rare : malgré les défauts de sa manière, elle ajoutera

un nom de plus à la liste de ces noms qui ne doiSUITE.

vent point mourir. Quand on a connu la fille de

M. Necker, et toutes les agitations dont elle rem

Décembre 1819. plissoit sa vie, combien on est frappé de la vanité Après avoir traité de l'histoire, il conviendroit des choses humaines! Que de mouvement, pour de parler des sciences; mais nous manquons de tomber dans un repos sans fin! que de bruit pour ce courage, si commun aujourd'hui, de raisonner arriver à l'éternel silence! Madame de Staël resur des choses que nous n'entendons pas. Dans chercha peut-être un peu trop le succès, qu'elle Ja crainte de prendre le Pirée pour un homme, étoit faite pour obtenir sans se donner tant de nous nous abstiendrons. Néanmoins nous ne pou- peines. Fi de la célébrité, s'il faut courir après vons résister à l'envie de dire un mot d'un ou- elle ! Le bonhomme la Fontaine traita la gloire vrage de science que nous avons sous les yeux. comme il conseille de traiter la fortune; il l'atIl est intitulé de l’Auscultation médiate. Au tendit en dormant, et la trouva le matin assise à moyen d'un tube appliqué aux parties extérieures sa porte. du corps, notre savant compatriote breton, le Pour rendre madame de Staël plus heureuse docteur Laënnec, est parvenu à reconnoître, et ses ouvrages plus parfaits, il eût suffi de lui par la nature du bruit de la respiration , la nature ôter un talent. Moins brillante dans la converdes affections du cæur et de la poitrine. Cette sation, elle eût moins aimé le monde , qui fait belle et grande découverte fera époque dans l'his- payer cher le plaisir qu'il donne, et elle eût toire de l'art. Si l'on pouvoit inventer une machine ignoré les petites passions de ce monde. Ses pour entendre ce qui se passe dans la conscience écrits n'auroient point été entachés de cette podes hommes, cela seroit bien utile dans le temps litique de parti, qui rend cruel le caractère le où nous vivons. « C'est dans son génie que le mé- plus généreux, faux le jugement le plus sain , « decin doit trouver les remèdes, » a dit un autre aveugle l'esprit le plus clairvoyant; de cette médecin dans ses ingénieuses Maximes; et l'ou- politique qui donne de l'aigreur aux sentiments vrage du docteur Laënnec prouve la justesse de et de l'amertume au style, qui dénature le tacette observation. Nous pensons aussi comme lent, substitue l'irritation de l'amour-propre à l'Ecclésiastique, « que toute médecine vient de la chaleur de l'âme, et remplace les inspirations « Dieu, et qu'un bon ami est la médecine du du génie par les boutades de l'humeur. a caur. » Mais retournons aux choses de notre Ce n'est pas sans un sentiment pénible que compétence.

nous retrouvons cette politique dans un dernier M. de Bonald et M. l'abbé de la Mennais vous ouvrage de M. Ballanche. Cet ouvrage , qui n'est ont donné, dans le cours de cette année, le pre-qu'un simple dialogue entre un vieillard et un mier, des Mélanges philosophiques, politiques jeune homme, a quelque chose, dans le style et et littéraires; le second, des Réflexions sur. dans les idées, de calme, de doux et de triste. Le l'état de l'Église de France. Nommer ces deux début rappelle celui de la République ou plutôt hommes supérieurs, c'est en faire l'éloge. Les des Lois de Platon. Que l'auteur d'Antigone royalistes, qui les comptent avec orgueil dans s'abandonne désormais à ses penchants naturels; leurs rangs, les présentent à leurs amis et à leurs qu'il apprécie mieux les trésors qu'il possède, et ennemis. Ils prouvent l'un et l'autre que les vrais qu'il répande dans ses écrits la sérénité, la cantalents sont presque toujours du côté de la vertu, deur, la tranquillité de l'âme : 0 fortunatos..... et que la probité est une partie essentielle du sua si bona norint! Qu'il nous laisse à nous, génie.

tristes enfants des orages, le soin d'agiter ces On publie dans ce moment une édition com- questions d'où sortent à peine quelques vérités plète des æuvres de madame de Staël. Le temps arides, vérités qui souvent ne valent pas les agréables mensonges de ces romans dont nous Les romans du jour sont donc, en général, allons parler.

d'un intérêt supérieur à celui de nos anciens romans. Des aventures qui ont cessé d'être ren

fermées dans les boudoirs, des personnages que ROMANS.

ne défigurent point les modes du siècle de Louis XV, captivent l'esprit par l'illusion de la vrai

semblance. Les passions aussi sont devenues plus Les peuples commencent par la poésie, et fi- vraies à mesure que les mæurs , quoique moins nissent par les romans : la fiction marque l'en- bonnes, sont devenues plus naturelles : c'est ce fance et la vieillesse de la société. De tous les ha- que l'on sentira à la lecture du Jean Shogar de bitants de l'Europe, les François, par leur esprit M. Ch. Nodier, ou de l'épisode du beau Voyage et leur caractère, se prêtent le moins aux pein- de M. de Forbia , ou des Mémoires d'un Espatures fantastiques. Nos meurs, qui conviennent gnol, ou du Pétrarque de madame de Genlis. aux scènes de la comédie, sont peu propres aux

Nous avons eu occasion d'examiner autrefois intrigues du roman, tandis que les mæurs an- quelle a été l'influence du christianisme dans les gloises , qui se plient à l'art du roman , sont lettres, et comment il a modifié nos pensées et nos rebelles au génie de la comédie : la France a sentiments. Presque toutes les fictions des auteurs produit Molière, l'Angleterre, Richardson. Faut-modernes ont pour base une passion née des comil nous plaindre ou nous féliciter de ne pouvoir bats de la religion contre un penchant irrésisoffrir des personnages au romancier , et des mo- tible. Dans Lionel , par exemple, cette espèce dèles à l'artiste? Trop naturels pour les premiers, d'amour, inconnu à l'antiquité païenne, vient nous le sommes trop peu pour les seconds. Il remplir la solitude où l'honneur a placé un Frann'y a guère que la mauvaise société dont on ait çois fidèle à son roi. Cet ouvrage , qui se fait repu supporter le tableau dans les romans françois: marquer par les qualités et les défauts d'un jeune Manon Lescot en est la preuve. Madame de la homme, promet un écrivain de talent. Nous loueFayette, le Sage, J. J. Rousseau, Bernardin de rions davantage le modeste anonyme, si des criSaint-Pierre, ont été obligés, pour réussir, d'é- tiques n'avoient cru devoir avancer qu'il s'est tablir leurs théâtres, et de prendre leurs person formé à ce qu'ils veulent bien appeler notre école. nages hors de leurs temps ou de leur pays. Nous ne pensons pas que la chose soit vraie; mais,

Il est possible que l'influence de la révolution en tous cas, nous inviterions l'auteur de Lionel change quelque chose à ces vérités générales. à choisir un meilleur modèle : nous sommes en Nous remarquons, en effet, que la société nou- tout un mauvais guide; et quand on veut parvelle , à mesure qu'elle présente moins de sujets venir, il faut éviter la route que nous avons à la comédie, fournit plus de matériaux au ro- suivie. man : ainsi la Grèce passa des jeux de Ménandre aux fictions d'Héliodore. Ces changements s'expliquent : lorsque la so

VOYAGES. ciété bien organisée atteint le dernier degré du goût, et le plus haut point de la civilisation, les vices, obligés de se cacher, forment avec les con- Enfiu nous entrons dans notre élément; nous venances du monde un contraste dont la comédie arrivons aux voyages : parlons-en tout à notre saisit le côté risible; mais lorsque la société se aise ! Ce n'est pas sans un sentiment de regret déprave, que de grands malheurs la font rétro- et presque d'envie que nous avons lu le récit de grader vers la barbarie, les vices qui se montrent la dernière expédition des Anglois au pôle areà découvert cessent d'être ridicules en devenant tique. Nous avions voulu jadis découvrir nousaffreux : la comédie, qui ne peut plus les couvrir même, au nord de l'Amérique, les mers vues de son masque, les abandonne au roman pour les par Heyne, et depuis par Mackenzie. La parra. exposer dans leur nudité; car, chose singulière! tion du capitaine Ross nous a donc rappelé les les romans se plaisent aux peintures tragiques : rêves et les projets de notre jeunesse. Si nous tant l'homme est sérieux, même dans ses fic- avions été libre, nous aurions sollicité une place tions !

sur les vaisseaux qui ont recommencé le voyage

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