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cette année : nous hivernerions maintenant dans généreux trouve au fond de son cæur; M. de une terreinconnue, ou bien quelque baleine auroit Humboldt, disons-nous, n'en rend pas moins bomfait justice de nos prophélies et de nos courses. mage aux missionnaires qui se consacrent à l'insSommes-nous plus en sûretéici? Qu'importe d'être truction des Sauvages. Il juge avec la même écrasé sous les débris d'une montagne de glace, équité les mæurs de ces mêmes Sauvages ; il les ou sous les ruines de la monarchie ?

représente telles qu'elles sont, sans dissimuler Une chose touchante dans le journal du der-ce qu'elles peuvent avoir d'innocent et d'heureux, nier voyage à la baie de Baffin est la précaution mais sans faire aussi de la butte d'un Indien la prise de rappeler les chasseurs anglois , quand les demeure préférée de la vertu et du bonheur. A Esquimaux de la tribu nouvellement découverte l'exemple de Tacite, de Montaigne et de Jean-Jacvenoient visiter les vaisseaux. Ces Sauvages, iso- ques Rousseau, il ne loue point les Barbares pour lés du reste du monde, ignoroient la guerre, et le satiriser l'état social. Le discours de Jean-Jaccapitaine Ross ne vouloit pas leur donner la pre- ques Rousseau sur l'Origine de l'Inégalité des mière idée du meurtre et de la destruction. Au conditions, n'est que la paraphase éloquente du reste, ce sont de grands penseurs, que ces Esqui- chapitre de Montaigne sur les Cannibales. « Trois naux; ils tiennent pour certain que nos esprits « d'entre eux, dit-il (trois Iroquois), ignorant s'en vont dans la lune ; c'est aussi l'opinion du « combien coustera un jour à leur repos et à leur chantre de Roland. A voir ce qui se passe aujour- « bonheur la connoissance des corruptions de deçà, d'hui en France, le philosophe Otouniah et le sage et que de ce commerce paistra leur ruine..... Arioste pourroient bien avoir raison.

« furent à Rouen, du temps que le feu roy CharLaissons ces régions désolées pour suivre notre « les neuviesme y estoit: le roy parla à eux longillustre ami, M. le baron de Humboldt, dans les « temps; on leur fit voir nostre façon, nostre belles forêts de la Nouvelle-Grenade. Le Voyage « pompe, la forme d'une belle ville : aprez cela aux régions équinoxiales du nouveau continent, « quelqu'un en demanda leur advis, et voulut fait en 1799-1804, est un des plus importants « sçavoir d'eulx ce qu'ils y avoient trouvé de plus ouvrages qui aient paru depuis longues années. admirable; ils respondirent trois choses, dont Le savoir de M. le baron de Humboldt est pro- « j'ay perdu la troisiesme, et suis bien marry; digieux; mais ce qu'il y a peut-être de plus éton- « mais j'en a y encores deux en memoire. Ils di

c'est le talent avec lequel l'auteur a rent. . . . qu'ils avoient aperceu qu'il y écrit dans une langue qui n'est pas sa langue « avoit parmy nous des hommes pleins et gorgez maternelle. Il a peint avec une vérité frappante

« de toutes sortes de commoditez, et que leurs les scènes de la nature américaine. On croit vo- « moitiez estoient mendiants à leurs portes, desguer avec lui sur les fleuves, se perdre avec lui

a charnez de faim et de pauvreté , et trouvoient dans la profondeur de ces bois qui n'ont d'autres

« estrange comme ces moitiez ici necessiteuses limites que les rivages de l'Océan et la chaîne des

pouvoient souffrir une telle injustice, qu'ils ne Cordilières; il vous fait voir les grands déserts

prinssent les aultres à la gorge, ou missent le dans tous les accidents de la lumière et de l'om

« feu à leurs maisons. Je parlay à l'un d'eulx bre, et toujours ses descriptions, sa rattachant à

« fort longtemps. . . Sur ce que je lui deun ordre de choses plus élevé, ramènent quelque

« manday quel fruict il recevoit de la superiorité souvenir de l'homme, ou des réflexions sur la

qu'il avoit parmy les siens, car c'estoit un cavie : c'est le secret de Virgile.

pitaine, et nos matelots le nommoient roy? il Optima quæque dies miseris mortalibus ævi

« me dict que c'estoit marcher le premier à la Prima fugit.

« guerre : de combien d'hommes il estoit suivi?

« il me montra une espace de lieu, pour signifier Pour louer dignement ce Voyage, le meilleur « que c'estoit autant qu'il en pourroit en une telle moyen seroit d'en transcrire les passages; mais « espace, ce pouvoit estre quatre ou cinq mille l'ouvrage est si célèbre , la réputation de l'auteur « hommes : si hors la guerre toute son autorité est si universelle, que toute citation devient inu- « estoit expirée? il dict qu'il luy en restoit cela, tile. M. le baron de Humboldt , bien que pro- « que, quand il visitoit les villages qui despentestant de religion, et professant en politique ces « doient de luy, on luy dressoit des sentiers au sentiments d'une liberté sage que tout homme « travers des hayes de leurs bois , par où il peust

nant encore ,

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« passer bien à l'ayse. Tout cela ne va pas trop Ici nous terminerons cet article : nous avons « mal : mais quoy ! ils ne portent point de hault payé notre tribut annuel aux Muses. Aux époa de chausses. »

ques les plus orageuses de la révolution, les letVoilà bien Montaigne et ses tours imprévus, tres étoient moins abandonnées qu'elles ne le sont imités depuis par la Bruyère. Ce qui choquoit aujourd'hui. Sous l'oppression du Directoire, et donc le malin seigneur gascon et l'éloquent so-même pendant le règne de la Terreur, le goût des phiste de Genève étoit ce mélange odieux de rangs beaux-arts se montra avec une vivacité singulière. et de fortune, de jouissances extraordinaires et C'est que l'espérance renaissoit de l'excès des de privations excessives , qui forme en Europe ce maux : notre présent étoit sans joie, mais nous qu'on appelle la société.

comptions sur un meilleur avenir; nous nous diMais il arrive un temps où les hommes, trop sions que notre vieillesse ne seroit pas privée de multipliés, ne peuvent plus vivre de leurs chas- la lyre : ses; il faut alors avoir recours à la culture. La

Nec turpem senectam culture entraîne des lois , les lois , des abus. Se

Degere me cithara carentem. roit-il raisonnable de dire qu'il ne faut point de lois, parce qu'il y a des abus? Seroit-il sensé de Derrière la révolution, on voyoit alors la mosupposer que Dieu a rendu l'état social le pire narchie légitime; derrière la monarchie legitime, de tous, lorsque cet état paroit être l'état le plus on voit aujourd'hui la révolution. Nous allions commun chez les hommes ?

vers le bien , nous marchons vers le mal. Et quel Que si ces lois qui nous courbent vers la terre, moyen des'occuper de ce qui peut embellir l'exisqui obligent l'un à sacrifier à l'autre, qui font tence, au milieu d'une société qui se dissout? des pauvres et des riches, qui donnent tout à ce-Chacun se prépareaux événements; chacun songe Jui-ci, ravissent tout à celui-là; que si ces lois à sauver du naufrage sa fortune ou sa vie; chasemblent dégrader l'homme en lui enlevant l'in

cun examine les titres qu'il peut avoir à la pros. dépendance naturelle, c'est par cela même que cription, en raison de son plus ou moins de fidélité nous l'emportons sur les Sauvages. Les maux,

à la cause royale. Dans cette position, la littérature dans la société, sont la source des vertus. Parmi semble puérilité : on demande de la politique, nous la générosité, la pitié céleste , l'amour véri- parce qu'on cherche à connoître ses destinées

; table, le courage dans l'adversité, toutes ces cho

on court entendre, non un professeur expliquant ses divines sont nées de nos misères. Pouvez-vous

en chaire Horace et Virgile, mais M. de Labour. ne pas admirer le fils qui nourrit de son travail donnaye défendant à la tribune les intérêts pu. sa mère indigente et infirme? Le prêtre charitablics, faisant de chacun de ses discours un combat

de ble qui va chercher, pour la secourir, l'humanité contre l'ennemi, et marquant son éloque

la virilité de son caractère. souffrante, dans les lieux où elle se cache, est-il un objet de mépris ? L'homme qui, pendant de longues années, a lutte noblement contre le malheur, est-il moins magnanime que le prisonnier sauvage dont tout le courage consiste à supporter L'HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE, , des souffrances de quelques heures ? Si les ver

DE M. DE BARANTE. tus sont des émanations du Tout. Puissant, si elles sont nécessairement plus nombreuses dans

Décembre 1822. l'ordre social que dans l'ordre naturel , l'état de société, qui nous rapproche le plus de la Divi- L'histoire de France est aujourd'hui l'objet nité, est donc un état plus sublime que celui de de tous les travaux littéraires. Nous avons derpature.

nièrement encore parlé de la Collection des M. de Humboldt a été guidé par le sentiment moires relatifs à l'Histoire de France, depuis de ces vérités lorsqu'il a parlé des peuples sau- l'origine de la monarchie françoise jusqu'au vages : la

sage économie de ses jugements et la treizième siècle, siècle où commence la collec. pompe de ses descriptions décèlent un maître qui tion de M. Petitot. L'infatigable président Cousin domine également toutes les parties de son sujet avoit entrepris pour les historiens de l'empire et de son style.

d'Occident ce qu'il avoit fait pour les principaux

SUR

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auteurs de l'histoire Byzantine. Sa traduction espace de temps manque d'unité et épuise les for(dont les deux premiers volumes imprimés con- ces de l'historien. L'Histoire des ducs de Bourtiennent Éginhard, Thégan l'astronome, Nitard, gogne de la maison de Valois n'a pas ce défaut Luitprand, Witikind, et les Annales de Saint- capital : elle est resserrée tout entière entre deux Bertin) étoit à peu près complète : ses manuscrits batailles célèbres, la bataille de Poitiers, où comexistent; ils pourroient être d'un grand secours battit et fut blessé, auprès du roi son père, Phiet épargner beaucoup de travail à M. Guizot. Les lippe le Hardi , premier duc de Bourgogne de la grandes Chroniques de Saint-Denys, publiées maison de Valois ; et la bataille de Nancy, où fut successivement dans le Recueil de Dom Bouquet, tué Charles le Téméraire, dernier duc de cette ne sont aussi, pour les premiers siècles de la race. A la fois biographie et histoire générale, monarchie, que des traductions des auteurs latins elle auroit pu être écrite par Plutarque et par aptérieurs à l'établissement de ces Chroniques. Tacite. Elle commence et elle finit comme un

D'un autre côté, M. Buchon a commencé une poëme épique , s'égarant, sans se perdre, dans Collection des Chroniques écriles en langue une multitude d'aventures qui tiennent du mervulgaire du treizième au seizième siècle ; ou veilleux. Elle embrasse nos guerres civiles et vrage différent de celui de M. Petitot, qui ne étrangères depuis le roi Jean jusqu'à Louis XI; publie que les Mémoires. Il a débuté par une elle amène tour à tour sur la scène Charles V et édition de Froissard , aidé dans ses propres re- du Guesclin, Édouard III et le Prince Noir, cherches par les recherches de M. Dacier : c'est Charles VI et Isabeau de Bavière, Henri V et de tout point un important et consciencieux ses frères, Charles VII , Agnès Sorel, la Pucelle travail.

d'Orléans, Richemont, Talbot, la Hire, XainEnfin, la grande collection de dom Bouquet trailles et Dunois; elle passe à travers les ravase continue : on remarque pourtant avec peine ges des Compagnies et les horreurs de la Jacqu'elle a marché moins rapidement depuis la querie, à travers les insurrections populaires, restauration que sous Buonaparte. Quelques sa- les massacres et les assassinats produits par les vants bénédictins, pendant l'usurpation, ne pa- rivalités des maisons de Bourgogne et d'Orléans. roissoient survivre à leur société et à la monarchie Et tout à coup cette terrible histoire de quelques que pour rendre les derniers honneurs à l'une, cadets de la Maison de France vient expirer aux en achevant d'exhumer l'autre. Quand ces hom- pieds de ce personnage unique dans nos annales, mes de Clovis et de Charlemagne, que les siècles de ce Louis XI, qui faisoit décapiter le connetable passés semblent avoir oubliés sur la terre, auront et emprisonner les pies et les geais instruits à rejoint leurs générations contemporaines, qui dire, par les bourgeois de Paris : « Larron, va parlera la double langue du traité de Strasbourg? | dehors; va, Perretter, » tyran justicier, méprisé

Il nous arrive ce qui est arrivé à tous les peu- et aimé du peuple pour ses mæurs basses et sa ples : nous nous portons avec un sentiment de re- haine des nobles; opérant de grandes choses avec gret et de curiosité religieuse à l'étude de nos ins- de petites gens; transformant ses valets en hétitutions primitives, par la raison même qu'elles rauts d'armes, ses barbiers en ministres, le n’existent plus. Il y a dans les ruines quelque grand-prévôt en compère, et deux bourreaux, chose qui charme notre foiblesse, et désarme, dont l'un étoit gai et l'autre triste, en compaen la satisfaisant, la malignité du cæur humain. gnons; regagnant par son esprit ce qu'il perdoit Aujourd'hui nous connoissons mieux qu'autrefois par son caractère; réparant comme roi les faula vieille monarchie : lorsqu'elle étoit debout, tes qui lui échappoient comme homme; brave notre ceil embrassoit mal ses vastes dimensions; chevalier à vingt ans, et pusillanime vieillard; les grands hommes et les grands empires sont mourant entouré de gibets, de cages de fer, de comme les colosses de l'Égypte, on ne les me- chausse-trappes , de broches, de chaines appesure bien que lorsqu'ils sont tombés.

lées les fillettes du roi, d'ermites, d'empiriques, Parmi les ouvrages historiques du moment, d'astrologues, après avoir créé l'administration il faut surtout distinguer celui de M. de Barante. françoise, rendu permanents les offices de juRien d'abord de plus heureusement choisi que 1 Moquerie de la sortie de Louis XI de Paris, et du traité

de Péronne. Voilà comme nous aurions été pour les ministres

s'ils étoient parvenus à nous óler la liberté de la presse; nous Toute histoire qui embrasse un trop grand aurions eu la ressource des perroquets.

le sujet.

dicature, agrandi le royaume par sa politique Lorsqu'on a vu naitre parmi nous l'histoire et ses armes, et vu descendre au tombeau ses ri- prétendue philosophique, les auteurs nous ont vaux et ses ennemis, Edouard d'Angleterre, Ga- dit : « Jusqu'à présent on n'a fait que l'histoire léas de Milan, Jean d'Aragon, le duc de Bourdes rois, nous allons tracer celle des peuples. gogne, et jusqu'à la jeune héritière de ce duc : « Nous nous attacherons surtout à faire connol. tant il y avoit quelque chose de fatal attaché à

« tre les meurs,

etc. la personne d'un prince qui, par gentille indus- Et puis ils ont cru s'élever au-dessus de leurs trie, dit Brantôme, empoisonna son frère, le duc devanciers, en terminant leurs périodes par quelde Guyenne, lorsqu'il y pensoit le moins , priant ques lieux communs contre les crimes et les frla Vierge, sa bonne dame, sa petite maitresse, rans, et en nous disant à la fin de chaque règne sa grande amie, de lui obtenir son pardon! comment en ce temps-là les habits étoient faits,

Quand Charles le Téméraire et Louis XI dis- quelle étoit la coiffure des femmes et la chaussure paroissent, l'Europe féodale tombe avec eux : des hommes, comment on alloit à la chasse , ce Constantinople est pris; les lettres renaissent que l'on servoit dans les repas, etc. dans l'Occident; l'imprimerie est inventée, l'A- Les mæurs et les usages ne se mettent point mérique, découverte; la grandeur de la Maison à part dans le coin d'une histoire, comme on exd'Autriche commence par le mariage de l'héri- posa des robes et des ornements dans un vestiaire, tière du duc de Bourgogne avec Maximilien; Léon ou de vieilles armures dans les cabinets des cuX, François l'', Charles-Quint, sont à peu de rieux; ils doivent se montrer avec les persondistance; Luther, avec la réformation religieuse nages, et donner la couleur du siècle au tableau. et politique, est à porte; et l'histoire des ducs de Hérodote nous apprend les détails de la vie prila Bourgogne, en finissant, vous laisse au bord vée des peuples de sa patrie , digne aujourd'hui d'un nouvel univers.

de son antique gloire, lorsqu'il nous représente Par un égal bonheur, les sources d'où découle les trois cents Spartiates, avant le combat des l'histoire des ducs de Bourgogne sont abondantes. Thermopyles, se livrant aux exercices gymniNous avons, pour les cinq règnes compris entre ques et peignant leurs cheveux, ou les Grecs asmort de Philippe de Valois et l'avénement de sistant aux jeux olympiques après le même comCharles VIII à la couronne, à peu près cent qua- bat, et recevant, pour prix de la course, une tre-vingts manuscrits et cent quarante-trois mé- couronne de cet olivier que l'on appeloit l'olivier moires et chroniques imprimés. Il faut ajouter à

aux belles couronnes : έλαία καλλιστέφανος. cela la collection des auteurs bourguignons et

Nous connoissons toute la vie d'un vieux Ro. celle des auteurs anglois depuis Édouard III jus-main, lorsque les députes du sénat , allant anqu'à Edouard V, sans parler des documents du noncer la dictature à Cincinnatus, le trouvent Trésor des Chartres et des Actes de Rymer. Au dans son champ de quatre arpents, conduisant la commencement et à la fin de ces histoires, on charrue ou creusant un fossé. Ils le saluent, of: trouve Froissard et Philippe de Comines, l'Héro-frent aux dieux des væux pour sa prospérité et dote et le Thucydide de nos âges gothiques. pour celle de la république, et le prievt de pren

Les vignettes des manuscrits donnent l'idée la dre sa toge pour entendre ce que lui demande le plus nette des usages du temps. On y voit des ba- sénat. Cincinnatus, étonné, s'enquiert s'il est ar tailles, des cérémonies publiques, des presta- rivé quelque malheur, essuie la poussière et la tions de foi et hommage, des intérieurs de mai- sueur de son front, et envoie sa femme Racilia son et de palais, des vaisseaux, des chevaux, chercher sa toge dans sa cabane : Togam propere des armures, des vêtements de toutes les formes e tugurio proferre uxorem Raciliam jubel, dit et de toutes les classes de la société.

Tite-Live. M. de Barante s'est servi de ces matériaux

Nous revoyons dans Tacite les dictateurs, en architecte habile. Il a ramené le goût pur de mais les dictateurs perpétuels. Ils n'habitent plus l'histoire et la simplicité de la bonne école. Point le tugurium, mais le palatium; et, quand ils de déclamations, point de prétentions à la sen- descendent jusqu'à la villa , c'est pour s'y livrer tence; rien de plus attachant et à la fois de plus à la débauche, ou pour y méditer des forfaits. grave que son récit. Il peint les mæurs sans aver- Le sénat ne leur donne plus le pouvoir supreme tir qu'il les peint ou qu'il va les peindre. pour prix de leurs vertus, mais pour récompense

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de leurs crimes : Cuneta scelerum suorum pro- chambre de Henri III, « branlant tellement le egregiis accipi videt.

« corps, la teste et les jambes , que je croyois à Avec nos vieux chroniqueurs on voit tout, « tout propos qu'ils dussent tomber de leur on est présent à tout : Froissard nous fait assis- long.... Ils trouvoient cette facon-là de marcher ter aux festins d'Édouard III , aux combats de plus belle que pas une autre. » ses guerriers. La veille de l'affaire du pont de

M. de Barante s'est pénétré de cette imporLussac, où le fameux Jean Chandos fut tué, il tante idée, qu'il faut faire passer les usages et les s'étoit arrêté sur le chemin, dans une hôtellerie : mæurs dans la varration. Il décrit les batailles « Il estoit, dit Froissard, dans une grande cui- avec feu : on y assiste. Il faut lire dans le livre

• sine près du foyer, et se chauffoit de feu de second la fameuse aventure du connétable de Epaille que son hérault lui faisoit , et causoit fa- Clisson et du duc de Bretagne. Y a-t-il rien de « milièrement à ses gens, et ses gens à lui, qui plus animé que la peinture de ce qui advint après

volontiers l'eussent osté à sa mélancolie. Le la signature du traité entre le Dauphin et Jean lendemain Chandos partit, et rencontra les Fran- sans Peur, au moins de juillet 1419? « La paix çois, conduits par messire Louis de Saint-Julien, « des princes , dit l'historien, leur avoit causé et Kerlouet le Breton : « Les Anglois se place (aux Parisiens) une grande joie; cependant ils rent sur un tertre, peut-estre trois bouviers ne voyoient pas qu'on s'occupât beaucoup à de terre en sus du pont, » On voit que Frois

« faire cesser les désordres.... Mais les esprits fu-sard compte à la manière d'Homère. Le bouvier a rent encore bien plus tristement émus lorsque le - est l'espace que deux bæufs peuvent labourer en « 29 juillet, vers le milieu de la journée, on vit

un jour. Chandos parle ensuite comme les héros « arriver à la porte Saint-Denys une troupe de de l'Iliade; il raille les ennemis : « Entre nous, « pauvres fugitifs en désordre, et troublés d'épou• François, s'écrie-t-il, vous estes trop malement

vante. Les uns étoient blessés et sanglants; les · bonnes gens d'armes; vous chevauchez partout

« autres tomboient de faim, de soif et de fatigue. e, à teste armée; il semble que le pays soit tout

a On les arrêta à la porte, leur demandant qui ils a vostre, et pardieu non est ! » Il fut tué, en com- « étoient, et d'où venoit leur désespoir : Nous battant à pied, parce qu'il s'embarrassa « dans « sommes de Pontoise, répondoient-ils en pleuun grand vestement qui lui battoit jusqu'à terre,

« rant; les Anglois ont pris la ville ce matin; armoyé de son armoirie d'un blanc satin...... « ils ont tué ou blessé tout ce qui s'est trouvé Si commencèrent les Anglois à regretter et à

« devant eux. Bienheureux qui a pu se sauver « doulorer moult, en disant : « Gentil chevalier,

« de leurs mains! jamais les Sarrasins n'ont été fleur de tout honneur! messire Jean Chandos ! « si cruels aux chrétiens qu'ils le sont. — Pena à mal fut le glaive forgé dont vous estes navré dant qu'ils parloient, arrivoient à chaque

et mis en péril de mort! » De ses amis et amies a instant, vers la porte Saint-Denys et la porte • fut plaint et regretté monseigneur Jean Chan- « Saint-Lazare, des malheureux à demi nus , de dos; et le roi de France et les seigneurs de « pauvres femmes portant leurs enfants sur les France l'eurent tantost pleuré.

« bras et dans une hotte, les unes sans chapeCet art de nous transporter au milieu des ob- « ron, les autres avec un corset à demi attaehé; i jets se fait remarquer chez nos vieux écrivains

* des prêtres en surplis et la tête découverte. Tous jusque dans la satire historique. Thomas Arthus

a se lamentoient : O mon Dieu ! disoient-ils, nous représente Henri III couché dans un lit préservez-nous du désespoir par votre miséri

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large et spacieux, se plaignant qu'on le réveille « corde; ce matin nous étions encore dans nos

trop tôt à midi, ayant un linge et un masque

maisons, heureux et tranquilles ; à midi, nous sur le visage, des gants dans les mains, prenant

« voilà, comme gens exilés, cherchant notre pain. un bouillon et se replongeant dans son lit. Dans

Les uns s'évanouissoient de fatigue ; les auune chambre voisine, Caylus, Saint-Mesgrin et « tres s'asseyoient par terre, ne sachant que deMaugiron se font friser, et achèvent la toilette la « venir; puis ils parloient de ceux qu'ils avoient plus correcte : on leur arrache le poil des sour

« laissés derrière eux. » cils, on leur met des dents, on leur peint le vi

Voilà la vraie manière de l'histoire : c'est exsage, on passe un temps énorme à les habiller et cellent. à les parfumer. Ils partent pour se rendre dans la L'Histoire des ducs de Bourgogne est écrite

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