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• rante et inique lorsque, en stipulant les droits, cependant cet ardent champion du divorce a di• du corps, elle n'a rien fait pour la réparation vinement chanté la sainteté et les délices de l'ades injustices et des souffrances qui naissent de mour conjugal : « Salut, amour conjugal, mysl'esprit. Le mariage n'est pas un remède contre térieuse loi, véritable source de l'humaine les exigences de la nature; il est l'accomplisse- * postérité. » (Paradis perdu, liv. iv.) a ment de l'amour conjugal et d'un aide mutuel : D'après ses principes sur le divorce, Milton l'amour et la paix de la famille font le mariage voulut épouser une fille du docteur Dawis, jeune

aux yeux de Dieu. Or, si l'amour et la paix et spirituelle; mais elle ne se soucioit pas du beau n'existent pas, il n'y a plus de mariage. Rien ne génie qui la recherchoit. La première femme du trouble et ne désole plus un chrétien qu'un ma- poëte se ressouvint de lui alors : la famille Poriage où l'incompatibilité de caractère se rencon- well, devenue moins royaliste à mesure que la tre: l'adultère corporel n'est pas la plus grande cause royale devenoit moins victorieuse, désiroit offense faite au mariage : il y a un adultère spiri- un raccommodement. Milton étant allé chez un • tuel, une infidélité des intelligences antipathi- de ses voisins nommé Black borough, soudain la

ques, plus cruelle que l'adultère corporel. Pro- porte d'une chambre s'ouvre : Marie Powell se . hiber le divorce pour cause naturelle, est contre jette en larmes aux pieds de son mari et confesse natore. Deux personnes mal engagées dans le ses torts; Milton pardonne à la pécheresse : * mariage passent les nuits dans les discordes et aventure qui nous a valu l'admirable scène entre e les inimitiés, se réveillent dans l'agonie et la Adam et Eve au xe livre du Paradis perdu. douleur; ils trainent leur existence de mal en

Soon his heart relented * mal, jusqu'à ce que le meilleur de leurs jours

Tow'rds ber, his life so late and sole delight, se soit épuisé dans l'infortune, ou que leur vie Now at his feet submissive in distress! se soit évanouie dans quelque peine soudaine.

« Son cæur bientôt s'attendrit pour elle, naMoise admet le divorce pour dureté de cæur;

guère sa vie et ses seules délices, à présent à . le Christ n'a pas aboli le divorce, il l'a expli

a ses pieds soumise dans la douleur. » • qué; saint Paul a commenté les paroles du

La postérité a profité d'une tracasserie de méChrist. Le Christ ne faisoit pas de longs discours,

nage. * souvent il parloit en monosyllabes; il semoit

Un mariage romanesque commencé dans le . çà et là, comme des perles, les grains célestes • de sa doctrine ; ce qui demande de l'attention et mystère, renoué dans les larmes, eut pour ré

sultat la naissance de trois filles, et deux de du travail pour les recueillir. On peut dire à

ces Antigones rouvrirent les pages de l'antiquité • celui qui renvoie sa femme pour cause d'adul

à leur père aveugle. • tère : Pardonnéz-lui. Vous pouvez montrer de la miséricorde; vous pouvez gagner une âme: offrit un asile à la famille de sa femme. Todd a

Après le triomphe des parlementaires, Milton * ne pourriez-vous donc divorcer doucement avec

retrouvé des papiers dans les archives publiques, * celle qui nous rend malheureux ? Dieu n'aime

par lesquels on voit que Milton prit possession du • pas à labourer de chagrins le cæur de l'homme; reste de la fortune de son beau-père lorsqu'il il ne se plait pas dans nos combats contre des

mourut, fortune qui lui revenoit comme hypo• obstacles invincibles. Dieu le Fils a mis toute thèque d'une somme prêtée par le père du poëte. chose sous ses pieds; mais il a commandé aux

La veuve de Powell pouvoit réclamer son douai. • hommes de mettre tout sous les pieds de la re; elle ne l’osa , « car, dit-elle , M. Milton est un charité.,

« homme dur et colère; et ma fille, qu'il a épouMilton ne résout ici aucune question particu

« sée, seroit perdue si je poursuivois ma réclalière; il n'entre point dans les difficultés touchant

a mation. » les enfants et les partages : son esprit large étoit Les presbytériens ayant attaqué l'écrit sur le contraire à l'esprit anglois, qui se renferme dans divorce, l'auteur irascible se détacha de leur le cercle de la société pratique. Milton généra- secte, et devint leur ennemi. lise les idées, les applique à la société dans son

DISCOURS SUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE. ensemble, à la nature humaine entière; il fait liberté de tout, et prêche l'indépendance de Milton fit bientôt paroître son Areopagitica, l'homme sous quelque rapport que ce soit. Et le meilleur ouvrage en prose angloise qu'il ait

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écrit; cette manière de s'exprimer, liberté de se plaindre dans sa prose d'être venu un siècle la presse, n'étant pas encore connue, il intitula trop tôt. Maintenant l'heure de sa résurrection est son ouvrage : A speech for the liberty of unli- arrivée; je serois heureux d'avoir donné la main cens'd printing, to the parliament of England. à Milton pour sortir de sa tombe comme prosa« Discours pour la liberté d'imprimer sans licence tcur; depuis longtemps la gloire lui a dit comme (permission), au parlement d'Angleterre. poëte : « Lève-toi! » Il s'est levé et ne se recou

Après avoir remarqué que la censure est inu-chera plus. tile contre les mauvais livres, puisqu'elle ne les

La liberté de la presse doit tenir à grand honempêche pas de circuler, l'auteur ajoute : « Tuer neur d'avoir pour patron l'auteur du Paradis per« un homme, c'est tuer une créature raisonnable; du; c'est lui qui le premier l'a nettement et for« tuer un livre, c'est tuer la raison, c'est tuer mellement réclamée. Avec quel art pathétique le « l'immortalité plutôt que la vie. Les révolutions poëte ne rappelle-t-il pas qu'il a vu Galilée, sous « des âges souvent ne retrouvent pas une vérité le poids de l'âge et des infirmités, près d'expirer

rejetée, et faute de laquelle des nations entiè- dans les fers de la censure, pour avoir osé af« res souffrent éternellement.

firmer le mouvement de la terre! C'étoit un « Le peuple vous conjure de ne pas rétrogra- exemple pris à la hauteur de Milton. Où irionsder, d'entrer dans le chemin de la vérité et de nous aujourd'hui si nous tenions un pareil lana la vertu. Il me semble voir dans ma pensée une

gage? « noble et puissante uation se lever, comme un Regardez, regardez, peuples du Nouveau-Monde ! « homme fort après le sommeil ; il me semble

N'apercevez-vous rien sur votre mer profonde?

Ne vient-il pas à vous du fond de l'horizon « voir un aigle muant sa puissante jeunesse, al- Un cétacée informe au triple pavillon ? « lumant ses regards non éblouis au plein rayon

Vous ne devinez pas ce qui se meut sur l'onde : « du soleil de midi, ôtant à la fontaine même de

C'est la première fois qu'on lance une prison '. « la lumière céleste les écailles de ses yeux long

MORT DU PÈRE DE MILTON. ÉVÉNEMENTS HISTOtemps abusés, tandis que la bruyante et timide

RIQUES. TRAITE SUR L'ETAT DES ROIS ET DES

MAGISTRATS. « volée des oiseaux qui aiment le crépuscule fuit a en désordre. Supprimerez-vous cette moisson

En 1645 Milton recueillit les poëmes latins et « fleurie de connoissances et de lumières nouvel- anglois de sa jeunesse. Les chansons furent mi« les qui ont grandi et qui grandissent encore

ses en musique pas Henri Lawes, attaché à la a journellement dans cette cité ? Établirez-vous chapelle de Charles Ier : la voix de l'apologiste « une oligarchie de vingt monopoleurs, pour af- alloit bientôt se faire entendre au cercueil du a famer nos esprits? N'aurons-nous rien au delà monarque à la chapelle de Windsor. « de la nourriture qui nous sera mesurée

eur Le père de Milton mourut; les parents de la

leur

par « boisseau? Croyez-moi, lords et communes, je

femme du poëte retournèrent chez eux, et sa « me suis assis parmi les savants étrangers; ils maison, dit Philips, redevint encore une fois le a me félicitoient d'être né sur une terre de Ji

temple des Muses. A cette époque, Milton fut « berté philosophique, tandis qu'ils étoient ré au moment d'être employé en qualité d'adjudant a duits à gémir de la servile condition où le sa

dans les troupes de sir Willian Waler, général « voir étoit réduit dans leur pays. J'ai visité le

du parti presbytérien, dont nous avons des Mé« fameux Galilée devenu vieux, prisonnier de moires. « l'inquisition pour avoir pensé en astronomie

Lorsque, au mois d'avril 1647, Fairfax et « autrement qu'un censeur franciscain ou domi

Cromwell se furent emparés de Londres, Mila nicain. La liberté est la nourrice de tous les ton, pour continuer plus tranquillement ses étu

grands esprits : c'est elle qui éclaire nos pen- des, quitta son grand établissement de Berbi« sées comme la lumière du ciel. »

cane, et se retira dans une petite maison de A cet énergique langage on reconnoit l'auteur High Holborne, près de laquelle j'ai longtemps du Paradis perdu. Milton est un aussi grand demeuré. Et c'est ici le lieu de rappeler une obécrivain en prose qu'en vers ; les révolutions l'ont

servation que j'ai faite au commencement de cet rapproché de nous ; ses idées politiques en font

Essai : « Une vue de la littérature, isolée de l'hisun homme de notre époque : il se plaint dans ses toire des nations, ai-je dit, créeroit un prodigieux vers d'être venu un siècle trop tard; il auroit pu 1 Loi de la presse. M. A. Mussel.

mensonge; en entendant des poëtes successifs son qui sentoit le sang, se délassoient le soir au chanter imperturbablement leurs amours et leurs théâtre, et pleuroient à la peinture de l'innocente moutons, on se figureroit l'existence non inter- vie des champs. rompue de l'âge d'or sur la terre. . . . . . . . Il Charles Ier n'eut pas plutôt été exécuté, que y a toujours chez une nation au moment des ca- les presbytériens crièrent au meurtre, à l'inviotastrophes et parmi les plus grands événements, labilité de la personne royale : bien que ces giun prêtre qui prie, un poëte qui chante, etc. » rondins de l'Angleterre eussent puissamment

Nous voyons Milton se marier, s'occuper de contribué à la catastrophe, du moins ils ne votèl'étude des langues, élever des enfants, publier rent pas, comme les girondins françois, la mort des opuscules en prose et en vers, comme si du prince dont ils déploroient la perte. Pour rél'Angleterre jouissoit de la plus profonde paix : pondre à leur clameur, Milton écrivit son Teet la guerre civile étoit allumée , et mille partis nure of kings and magistrats, « État des rois et se déchiroient, et l'on marchoit dans le sang des magistrats. » Il n'eut pas de peine à démonparmi des ruines.

trer que ceux qui se lamentoient le plus du sort En 1644 les batailles de Marstonmoor et de de Charles l'avoient eux-mêmes conduit à l'échaNewbury avoient été livrées; la tête du vieil ar- faud. Ainsi qu'il arrivedans toutes les révolutions, chevêque Laud étoit tombée sous le fer du bour- les partis essayent de tenir à certaines bornes où reau. Les années 1645 et 1646 virent le combat ils ont fixé le droit et la justice; mais les homde Naseby, la prise de Bristol, la défaite de Mon-mes qui les suivent les renversent et franchis. tross, la retraite de Charles I'' à l'armée écos- sent ce but, comme dans une charge de cavalesoise qui livra aux Anglois lear monarque pour rie le dernier escadron passe sur le ventre du 400,000 livres sterling.

premier, si celui-ci vient à s'arrêter. Les années 1647, 1648, 1649, furent plus Milton cherche à prouver qu'en tout temps, et tragiques encore; elles renferment dans leur pé sous toutes les formes de gouvernement, il a été riode fatale le soulèvement de l'armée, l'enlève- légal de faire le procès à un mauvais roi, de le ment du roi par Joyce, l'oppression du parlement déposer ou de le condamner à mort. « Si un su par les soldats, la seconde guerre civile , l'éva-jet, dit-il, en raison de certains crimes, est sion du roi, la seconde arrestation de ce monar- frappé par la loi dans lui-même, dans sa posque, l'épuration violente du parlement, le ju- « térité, dans son héritage dévolu au roi, quoi de gement et la mort de Charles Ier.

plus juste que le roi, en raison de crimes anaQu'on se reporte à ces dates, et l'on y placera « logues, perde ses titres, et que son héritage successivement ces ouvrages de Milton dont je « soit dévolu au peuple ? Direz-vous que les viens de parler. Milton assista peut-être comme

a nations sont créées pour le monarque, et que spectateur à la décapitation de son souverain; a celui-ci n'est pas créé pour les nations? que il revint peut-être chez lui faire quelques vers, « ces nations sont regardées, dans leur mulou arranger pour des enfants un paragraphe de titude, comme inférieures à l'individu royal ? sa grammaire latine : Genders are three; mas- « cette doctrine seroit une espèce de trahison culine, feminine and neuter; « il y a trois gen- « contre la dignité de l'espèce humaine. Souteres, le masculin, le féminin et le neutre. » Le a nir que les rois ne doivent rendre compte de sort des empires et des hommes ne compte pas

« leur conduite qu'à Dieu, c'est abolir toute soplus que cela dans le mouvement qui entraîne ciété politique. C'est alors que les serments que les sociétés.

« les princes ont prêtés à leur couronnement En France, en 1793, il y avoit aussi des poë- « sont de pures moqueries , et que les lois qu'ils tes qui chantoient Thyrsis, un des personnages

« ont juré de garder sont comme non avenues. » du Masque, et qui n'étoient pas des Milton : on

Milton dans ces doctrines n'alloit pas plus loin alloit au spectacle peuplé de bons villageois; les que Mariana, et il les appuyoit des textes de bergers occupoient la scène quand la tragédie l’Écriture : la révolution angloise , en cela toute couroit les rues. On sait que les terroristes étoient contraire à la nôtre, étoit essentiellement relid'une bénignité de mæurs extraordinaire : ces gieuse. tendres pastoureaux aimoient surtout les petits enfants. Fouquier-Tinville et son serviteur Sam

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MILTON SECRÉTAIRE LATIN DU CONSEIL D'ÉTAT

« il est vrai que Charles déclara aux deux chamDE LA RÉPUBLIQUE, L'ICONOCLASTE.

« bres qu'il ne pouvoit condamner son favori Les écrits politiques de Milton le recomman- « pour haute trahison ; que ni la crainte ni audèrent enfin à l'attention des chefs du gouver

« cune considération ne lui feroient changer une nement; il fut appelé aux affaires et nommé se- résolution puisée dans sa conscience. Mais ou crétaire latin du conseil d'État de la république : « la résolution de Charles n'étoit pas puisée dans quand celle-ci se changea en protectorat, Milton « sa conscience, ou sa conscience reçut de meilse trouva tout naturellement secrétaire du Pro- « leures informations, ou enfin sa conscience et tecteur pour la même langue latine. A peine en

« sa ferme résolution plièrent les voiles devant tré dans ses nouvelles fonctions , il recut l'ordre

a quelque crainte plus forte, car peu de jours de répondre à l'Eikon Basiliké, publié à Lon

« après ses fermes et glorieuses paroles à son pardres après la mort de Charles, comme le testa

lement, il signa le bill pour l'exécution de

« Strafford. » ment de Louis XVI se répandit dans Paris après la mort du roi-martyr. Une traduction françoise Milton appelle l’Eikon un livre de pénitence. de l'Eikon parut sous ce titre: Pourtraict de Sa « Charles étoit un diligent lecteur de poésie plu sacrée Majesté durant sa solitude et ses souf- « que de politique; peut-être l'Eikon n'est qu'une frances.

pièce de vers : les mots en sont bons, la fiction Milton intitula spirituellement sa réponse au « claire; il n'y manque que la rime. Charles Pourtraict : l'Iconoclaste. Tout en immolant de « donne la rudesse au parlement anglois, la vertu nouveau le monarque , il prétend n'avoir aucun « à la reine dans des paroles qui arrivent presque dessein de souffleter une tête coupée ; mais en- e à la douce autorité du sonnet. » fin les circonstances l'obligent à parler, et il pré

Milton se joue des réflexions du roi à Holmby fère au roi Charles la REINE Vérité: Reginam Ve- et de sa lettre testamentaire au prince de Galles : ritatem regi Carolo anteponendam arbitratus. il rappelle encore à ce propos les condamnations,

L'ouvrage est écrit avec méthode et clarté; de diverses têtes couronnées, et descend, impil'auteur y semble moins dominé par son imagi- toyable, jusqu'à l'exécution de Marie Stuart, nation que dans ses autres traités politiques. aïeule de Charles; souvenir sans courage, car « Discourir sur les malheurs d'une personne tom- Charles dormoit à Windsor et n'entendoit pas ce « bée d'un rang si élevé, et qui a payé sa dette que son ennemi lui disoit. a finale à ses fautes et à la nature, n'est pas une « Vous parlez, s'écrie le poëte, de la couronne á chose en elle-même recommandable; ce n'est « d'épines de notre Sauveur! Les rois peuvent « pas non plus mon intention. Je ne suis poussé

« sans doute trouver assez de couronnes d'épines de ni par l'ambition, ni par la vanité de me faire a cueillies et tressées par eux; mais la porter comme de un nom, en écrivant contre un roi : les rois « Christ la porta n'est pas donné à ceux qui ont « sont forts en soldats et foibles en arguments,

« souffert pour leurs propres démérites. » « ainsi que tous ceux qui sont accoutumés dès le Malgré son intrépidité républicaine, le publi.« berceau à user de leur volonté comme de leur ciste paroît embarrassé quand il arrive au der« main droite, et de leur raison comme de leur nier chapitre de l'Eikon. Ce dernier chapitre a a main gauche. Cependant, pour l'amour des pour titre : Méditations sur la mort. Que fait « personnes d'habitude et de simplicité, qui Milton? Il fuit devant ces méditations. « Toutes * croient les monarques animés d'un souffle dif- « les choses humaines, dit-il, peuvent être con« férent des autres mortels, je relèverai au nom « troversées; les jugements seront divers jus« de la liberté et de la république le gant qui « qu'à la fin du monde; mais cette affaire de la e a été jeté dans l'arène, quoiqu'il soit le gant a mort est un cas simple, et p'admet pas de con. « d'un roi. »

troverse; dans ce centre commun toutes les Milton, d'autant plus cruel pour Charles jer opinions se rencontrent, » dans l'Iconoclaste qu'il est plus contenu, oppose C'est ainsi que Milton prit part à la gloire du à l'Eikon ce raisonnement au sujet de la mort de régicide : le bourreau fit jaillir jusqu'à lui le sang Strafford :

de Charles Ie", comme l'immolateur, dans les sa« Charles se repent, nous dit-il, d'avoir donnécrifices antiques, arrosoit les spectateurs du sang « son consentement à l'exécution de Strasford : de la victime.

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Milton soupçonnoit l'Eikon de n'être pas du « O Dieu! que ta bénédiction m'octroye d'être roi : ce qu'il avoit pressenti s'est trouvé vre ; toujours raisonnable comme homme , religieux l'ouvrage est du docteur Gauden. L'Eikon ren- « comme chrétien, constant et juste comme roi ! ferme une prière empruntée, mot pour mot, de « Les événements de toutes les guerres sont celle de Pamela dans l'Arcadie de Philippe Sid-« incertains; ceux de la guerre civile, inconsola

les republicains et de confusion pour les royalistes « faut toujours souffrir, donne-moi de ton esprit. qui avoient cru à l'authenticité du Pourtraict « au double. de leur maître. Dans la suite un nommé Henri « J'ai besoin d'un cæur propre à beaucoup Hills, imprimeur de Cromwell, prétendit que

« souffrir! Milton et Bradshaw avoient obtenu de Dugar,

« Ils m'ont bien peu laissé de cette vie, et seu éditeur de l'Eikon, l'insertion de la prière de

« lement l'écorce. Pamela, afin de détruire l'effet de l'Eikon. Rien dans le caractère de Milton n'autorise à croire qu'il

« Mon fils, s'il faut que vous ne voyiez plus eût pu se rendre coupable d'une pareille lâcheté.

« ma face, et que ce soit l'ordre de Dieu que je Comment auroit-il su qu'on imprimoit le por

« sois enterré pour jamais dans cette obscure et trait royal? Comment les parlementaires, qui au

si barbare prison , adień. roient connu l'existence du manuscrit, ne l'au

« Jelaisse à vos soins votre mère: souvenez-vous roient-ils pas arrêté? Les violences arbitraires

qu'elle a été contente de souffrir pour moi, avec etoient fort en usage parmi ces gens libres, non les

« moi et avec vous aussi, par une magnanimité fourberies : dans la correspondance secrète du roi

incomparable. avec la reine, qu'ils surprirent et imprimèrent, il

Quand ils m'auront fait mourir, je prie Dieu ne changèrent rien. Les interpolations, les falsifi- qu'il ne verse point les fioles de son indignation cations, les suppressions, sont des moyens bas

« sur la généralité du peuple. que la révolution angloise a laissés à notre révo

J'aimerois mieux que vous fussiez Charles lution.

« le Bon que Charles le Grand. J'espère que Toutefois Johnson a cru qu'on avoit dépravé

« Dieu vous aura destiné à pouvoir être l'un et

« l'autre. le texte de l'Eikon Basiliké : « Les factions, ditil, laissent rarement un homme honnête, quoi

« Vous ferez plus paroître et exercerez plus * qu'il puisse y être entré tel. . . . . Les régicides légitimement votre autorité en relâchant un « s'emparèrent des papiers que le roi donna à « peu de la sévérité des lois , qu'en vous y atta: • Juxon sur l'échafaud, de sorte qu'ils furent au a chant si fort; car il n'y a rien de pire qu'un moins les éditeurs de cette prière ( la prière pouvoir tyrannique exercé sous les formes de .prise de l'Arcadie de Sidney), et le docteur Bi- « la loi. .ehe, qui a examiné ce sujet avec beaucoup de Que ma mémoire et mon nom vivent en vo. • soin, croit qu'ils en furent les fabricateurs. » « tre souvenir.

Pour moi, en examinant de près l'Eikon Ba- « Adieu, jusqu'à ce que nous puissions nous siliké, il m'est venu une autre espèce de doute « rencontrer au ciel, si nous ne le pouvons pas sur cet ouvrage : je ne puis me persuader que « en la terre. l'Eikon soit sorti tout entier de la plume du doc- « J'espère qu'un siecle plus heureux vous at, teur Gauden. Le ministre aura vraisemblable- <tend.» ment travaillé sur des notes laissées par Charles I". Des sentiments intimes ne trompent pas; on

DÉFENSE DU PEUPLE ANGLOIS CONTRE SAUMAISE. ne peut se mettre si bien à la place d'un homme, Bientôt parut celui des ouvrages de Milton , que l'on reproduise les mouvements d'esprit de qui, de son vivant, lui donna le plus de renomcet homme dans telle ou telle circonstance de sa mée : c'est sa Défense du peuple anglois contre vie. Il me semble, par exemple, que Charles Ier l'écrit de Saumaise en faveur de la mémoire de a pu seul écrire cette suite de pensées :

Charles Ier. « Les attaques contre un roi qui n'est Sous prétexte d'arrêter une bourrasque po- « plus, dit avec raison et éloquence M. Villemain, pulaire, j'ai excité une tempête dans mon sein. » « ces insultes au delà de l'échafaudavoient quel(Charles se reproche ici la mort de Strafford.) « que chose d'abject et de féroce, que l'éblouisse

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